un exemple de résumé (programme 2009-2010)

A.AMAR. Essai psychanalytique sur l’argent. Texte à résumer en 200 mots =/_ 10%

 

En effet, l’argent exige une constante mise en garde. Pour s’appauvrir, il n’est que de se laisser aller ; s’enrichir demande de l’âpreté. Nos rapports avec l’argent requièrent une tension qui n’est réductible à aucune autre. Il faut toujours prendre l’argent à quelqu’un ou le défendre contre quelqu’un. Par l’argent, l’autre s’oppose à nous. L’acte d’argent n’a  lieu que dans l’agressivité.

Mais pour accomplir l'acte d'argent, l'agressivité n'est pas suffisante. Nous ne pouvons agir valablement que dans un monde doté d'une certaine structure conforme à notre acte. Que l'argent soit pour nous un phénomène vécu, ce n'est pas dire seulement qu'il est l'objet de notre expérience personnelle, mais encore que cette expérience n'est possible que dans un univers social déjà tout agencé à cet effet. C'est cet agencement, dans sa totalité et sa complexité, qui donne à l'argent son véritable sens. Nous ne nous en doutons pas aussi longtemps que nous ne sommes pas gênés dans nos mouvements. Pour le percevoir, il faut que nous nous sentions soudain mal à l'aise, accrochés, happés par l'engrenage. C'est bien ce qui s'est produit à Wall Street, un certain jour d'octobre 1929, quand des ventes soudaines et massives ont fait s'effondrer les cours. Ce « vendredi noir » est resté célèbre. Ceux qui ont vécu ces moments se rappellent que d'abord on ne voulut pas admettre la profondeur et la gravité de la crise. On croyait à un « ajustement technique », inévitable, disait-on, après une si longue période de prospérité. Les mécanismes, disait-on, étaient enrayés, grippés, encrassés ; il n'était que de trouver un bon mécanicien et tout rentrerait dans l'ordre. On appelait des experts les uns après les autres comme on appelle des médecins au chevet d'un mourant. En réalité, tout un monde se désagrégeait et croulait pendant que se formait un autre monde, celui des dictatures guerrières. Quant aux mécanismes économiques, ils n'y étaient pour rien. La crise s'est produite et amplifiée, non point parce que les mécanismes institués par le capitalisme n'avaient pas fonctionné, mais précisément parce qu'ils avaient fonctionné. Les mêmes mécanismes qui avaient permis l'accumulation des dépôts, la spéculation à la hausse, l'expansion du crédit, avaient aussi permis les retraits bancaires, la baisse des marchés, les resserrements de crédit. Ils avaient joué dans la crise comme dans la prospérité, mais à rebours, semblables à une porte qui ouvre ou qui ferme, qui laisse aussi bien entrer que sortir, à condition toutefois qu'il y ait quelqu'un pour la pousser ou la tirer. En eux-mêmes les mécanismes sont neutres, indifférents, de simples organes de transmission ; ils donnent licence à l'argent de se manifester, mais ils ne sont pas l'argent. Ce sont des canaux par lesquels s'écoule une force qui s'appelle l'argent.

Mais l'argent n'est pas une force physique ; c'est une force économique. La force physique, une fois libérée, tend à décroître jusqu'à une position de repos. Dans un système donné, les énergies tendent vers l'équilibre. La force économique est de type biologique : elle tend à se reconstituer en puisant de l'énergie dans le monde extérieur. L'argent reproduit ainsi l'argent selon un cycle sans fin de rupture et de rapt. De ce fait, il transforme le monde par le travail : il détruit, disloque, supprime, et, en même temps, il crée. Toute force économique est, au sens philosophique du mot, négatrice, c'est-à-dire qu'elle nie ce qui est, non pour l'effacer, mais pour le fondre dans ce qui sera. L'argent comporte donc un élément négateur.

Nous voici tentés de crier à l'absurde. L'argent négateur, quel scandale ! L'expérience ne nous enseigne-t-elle pas juste le contraire ? Les hommes d'argent ne prétendent-ils pas être « pratiques », « réalistes », en un mot « positifs » ? Nous voilà, semble-t-il dans une impasse.

Mais, au fait, voyons donc l'argent tel qu'il est : De quoi est-il fait ? De pièces de métal ? Mais leur quantité est infime eu égard à la masse des paiements. De dépôts bancaires, de billets de banque, mais ce ne sont que des représentations de dettes et de créances. Force est bien de le constater : l'argent n'existe pas au sens où nous disons que ce livre existe. L'argent n'est pas une chose, mais une représentation de dettes et de créances. L'argent est affecté du signe de la dette. Là où il se trouve, là il est inscrit avec le signe moins. La négation qu'il contient est révélée par la notation même qui l'exprime. C'est ce que prouve amplement la comptabilité en partie double. L'argent matériellement reçu est inscrit au débit du compte caisse ; le capital, les réserves, les bénéfices, c'est-à- dire les biens propres d'une entreprise, sont inscrits au passif du bilan, dans la colonne des dettes. « Celui qui reçoit, doit », telle est la règle fondamentale, péniblement élaborée vers le XIVe siècle et qui encore aujourd'hui déconcerte les apprentis comptables. Cette règle, en effet, ne peut être valablement admise qu'à la condition de recourir à une subtilité : la distinction, même s'il s'agit d'un seul et unique individu, de la fonction de réception et de la qualité de propriétaire. Toute somme d'argent, même si elle est reçue par celui qui en a la propriété, doit être portée à son débit, parce qu'il la doit à quelqu'un, ne serait-ce qu'à lui-même. En un mot, le système de notation de l'argent affecte toute possession comme tout enrichissement du signe de la négation. On pourrait dire qu'il ne s'agit là que d'une convention d'écriture, que d'un artifice commode pour se mettre en règle avec l'arithmétique. Il n'en reste pas moins que depuis des siècles, exactement depuis la naissance de l'économie moderne, c'est ce système qui a été choisi, et non pas un autre. Une telle constance, une telle fidélité sont inexplicables en dehors de raisons profondes et si bien enracinées dans notre mentalité économique que nous avons fini par les perdre de vue.

Mais, au fait, qui donc ignore que capitalisme et endettement vont de pair ? A tous les stades de son développement le capitalisme a été accompagné d'une expansion du crédit, c'est-à-dire d'un endettement généralisé qui a fini par prendre des proportions gigantesques. Toutes les crises du capitalisme, quelles que soient les occasions qui les provoquent, se traduisent toujours par des perturbations, par des à-coups, par des arrêts dans la chaîne des endettements. Ce n'est point telle ou telle personne physique ou morale qui retire son crédit : le processus est général au point qu'il ne peut être exprimé que par le sujet le plus impersonnel : on. « On » ne fait plus confiance ; « on » refuse de se laisser gagner la main, « on » demande des comptes ; « on » veut discuter et juger ; jugement est d'ailleurs bien le sens étymologique du mot crise. Et voilà toute la mécanique bloquée.

 

Proposition de résumé

Parce qu’il s’obtient et se garde toujours aux dépens des autres, l’argent rend nécessairement les relations individuelles conflictuelles.

Cependant la violence de l’argent est aussi révélée par le système qui la rend possible. C’est ce dont les crises économiques nous font prendre conscience. On les interprète d’abord comme superficielles et dues à un dysfonctionnent du capitalisme, alors que c’est ce système même qui les provoque, mettant ainsi à jour la dynamique destructrice de l’argent, qui, pour comme un être vivant, se regénère sans cesse , se nourrissant des destructions qu’il engendre : pour transformer le monde, l’argent le nie

Cette affirmation peut étonner, car elle va du pragmagtisme affiché des capitalistes. Cependant, si l’on y regarde bien, la nature de l’argent moderne, confirme sa dimension négatrice : les écritures comptables montrent bien que l’argent reçu sur un compte est toujours dû sur un autre, et marqué du signe moins. Ainsi, l’argent qu’on possède est toujours pris ailleurs ;  l’ancienneté de cette règle ne peut s’expliquer que parce qu’elle exprime depuis sa naissannce, l’essence d’un système, dont les justifications sont devenues inconscientes. Personne, au fond ne nie le lien génétique qui unit le capitalisme et la dette (214 mots)