Pour préparer la rentrée: conseils de lecture

Le programme des concours porte sur les deux années de CPGE.

Thème : L'argent (étudiants de 2ème année)

1) L a Philosophie de l'argent (Georg Simmel) [Partie analytique, 3ème chapitre, sections 1 et 2, traduction Sabine Cornille et Philippe Ivernel, Puf Quadrige].

2) L'Argent (Émile Zola).

3) L'Avare (Molière).

Thème : Le mal (étudiants de 1ère et  2ème année)

1) Jean Jacques ROUSSEAU « Profession de foi du vicaire savoyard »  [Livre quatrième d' « Émile ou de l'éducation »] ; depuis « Mon enfant, n'attendez de moi ni des discours savants ni de profonds raisonnements. Je ne suis pas un grand philosophe, et je me soucie peu de l'être. » jusqu'à « J'ai fait ce que j'ai pu pour atteindre à la vérité ; mais sa source est trop élevée : quand les forces me manquent pour aller plus loin, de quoi puis-je être coupable ? C'est à elle à s'approcher. ». Edition Garnier Flammarion, n°1448, p.51-96

2) William. SHAKESPEARE Macbeth [traduction Pierre-Jean Jouve, préface G. Wilson Knight, Éditions Garnier-Flammarion]. Edition Garnier Flammarion, n° 1295 (Edition bilingue)

3) Jean Giono. Les Âmes fortes (Folio Gallimard n°249)

 

 


 

CONSEILS DE TRAVAIL ET DE LECTURE.

 

La première année de classe préparatoire a un double objectif : la maîtrise des méthodes nécessaires pour les exercices des épreuves de concours : résumé de texte et dissertation, et l’enrichissement de votre culture philosophique et littéraire au moyen d’un travail sur le thème au programme, cette année « le mal ». Le rythme des classes préparatoires, beaucoup plus intense que celui que vous avez connu au lycée, et l’horaire du cours de français (2 heures par semaines) imposent aux futurs étudiants un travail de préparation pendant l’été, qui doit conjuguer lecture et réflexion.

La problématique du mal.

Comme l’écrit le philosophe Paul Ricœur, le mal constitue « un défi à la philosophie et à la théologie ». Autant, en effet, le bien peut sembler aisé à définir et à identifier, autant le mal, parce qu’il prend des formes multiples, résiste à la pensée. Le mal peut être physique, moral, métaphysique, commis ou subi ; il suscite l’horreur et le dégoût, mais séduit et fascine tout autant. Il constitue un scandale ; son origine semble un mystère.

Se pose donc d’abord la question l’origine du mal : peut-on penser à la fois un dieu tout puissant qui a créé le monde, et l’existence du mal ? Le mal a-t-il pour origine la fatalité, quelque forme qu’elle prenne ou l’exercice du libre arbitre humain ? Le mal existe-t-il parce que l’homme aurait à expier une faute originelle ? Parce qu’il existerait deux principes opposés entre lesquels il aurait à choisir ? à moins que le mal ne soit incompréhensible ou pire encore, banal.

Reste pour le philosophe à réfléchir sur l’attitude à adopter face au mal. Pour l’artiste, le mal est souvent fascinant, et une source d’inspiration.

 

Ainsi,  précisément parce qu’il est un problème à la fois essentiel, auquel chacun est un jour ou l’autre confronté,  et insoluble, le mal nous oblige à penser, à questionner, et à nous interroger.

Les trois œuvres au programme cette année sont autant d’occasion de mener cette réflexion.

La lecture des œuvres.

Vous devez impérativement vous présenter à la rentrée en ayant lu attentivement les trois œuvres au programme. En effet, la fréquentation de ces œuvres nourrira tout au long de l’année la réflexion menée pendant les cours ; en outre, toutes les dissertations que vous rédigerez au cours de l’année devront être illustrées d’exemples  précis tirés de ces œuvres. Il est absolument illusoire de penser pouvoir réussir son année en français si on ne fait pas l’effort d’une lecture précise et rigoureuse des œuvres du programme avant la rentrée. Ce travail estival, si vous faites l’effort de le faire, vous fera gagner un temps, dont vous vous apercevrez très vite qu’il est précieux en CPGE.

SHAKESPEARE. Macbeth (1623).

Macbeth est l’histoire d’une trahison politique. Ecrite au début du règne de Jacques Ier d’Angleterre, elle s’inspire d’un épisode de l’histoire de l’Ecosse, et raconte l’accession au pouvoir de Macbeth, qui, avec son épouse assassine le roi Duncan, et explore les tourments qu’engendre ce crime initial jusqu’à la mort du meurtrier, tué de la main d’un « homme » qui n’est pas né d’une femme après qu’une forêt se soit mise en marche.

Shakespeare y combine des éléments historiques et des traditions théâtrales qui vont des tragédies de Sénèque au théâtre médiéval religieux, pour traiter du mal et de la damnation. On considère généralement que Macbeth propose la vison la plus aboutie du mal chez Shakespeare.

Si vous n’avez jamais lu de Shakespeare, l’univers dans lequel la lecture de la pièce vous fera pénétrer a de quoi vous surprendre : sorcières, spectres, meurtres, combats, somnambulisme…on est bien loin ici du théâtre classique français que vous avez pu découvrir au lycée. Vous devrez donc vous habituer à cet univers qui peut vous sembler étrange au premier abord.

 

Il importe que votre lecture soit efficace et pertinente. Pour y parvenir, quelques conseils :

·         L’une des difficultés du théâtre de Shakespeare, lorsqu’on le découvre, est le nombre des personnages, beaucoup plus important que dans le théâtre classique français. Vous devez donc au cours de votre lecture vous reporter autant de fois que nécessaire à la liste de personnages, pour comprendre ce que vous lisez.

·         Votre lecture doit viser d’abord la mémorisation du texte. Pour y parvenir, nous vous conseillons de prendre des notes en utilisant par exemple le modèle du tableau ci-dessous, auquel vous pourrez vous reporter au cours de l’année :

 

Acte

scène

lieu

Personnages sur scène

Résumé(5 lignes maximum par scène)

I

1

 

 

 

2

 

 

 

3

 

 

 

4

 

 

 

Vous pouvez compléter votre lecture en regardant deux adaptations cinématographiques de la pièce de Shakespeare : celle d’Orson Welles (1948) disponible en DVD, et celle de Roman Polanski(1971) également disponible en DVD. Shakespeare a consacré une autre pièce à une figure du mal : Richard III, à lire, ou à regarder dans l’adaptation cinématographique (de et avec Laurence Oliver, 1954) disponible en DVD.

Vous pouvez enfin vous demander quels aspects de la problématique du mal sont abordés dans la pièce (voir ci-dessus « la problématique du mal)

ROUSSEAU. La profession de foi du vicaire savoyard(1762)

La profession de foi du vicaire savoyard appartient au livre IV du traité que Rousseau consacre à l’éducation, intitulé l’Emile, dans lequel Rousseau met en scène l’éducation d’un enfant, et développe des principes d’éducation visant à «  former » les enfants sans les « déformer ». Grosso modo, Rousseau pense que cette formation doit suivre, au fur et à mesure du processus éducatif, l’ordre des choses que la nature permet à l’enfant de comprendre, et que le besoin lui commande d’apprendre. Cette profession de foi s’adresse à un Emile adolescent et  vise à le former sur « les rapports moraux de l’homme à l’homme » (Emile, livre III).il s’agit donc de faire surgir en lui des dispositions morales et religieuses. Il s’agit de faire prendre conscience à Emile de sa place dans le monde, compris comme création divine, et de l’amener à suivre la foi qui lui semble évidente, plutôt que les dogmes qu’on lui impose.

Cela dit, le propos de Rousseau dans ce texte est à comprendre en référence avec le conflit qui l’oppose à Voltaire au sujet de l’optimisme Leibnizien . (cf. vos cours de 1ère), et plus généralement en référence avec la réflexion sur la religion au XVIIIe siècle.

Une profession de foi est un discours dans lequel le locuteur formule plusieurs « articles de foi ». En l’occurrence, le vicaire dit ce qu’il croit et le justifie. Votre lecture doit donc s’employer à repérer ces « articles de foi » (plusieurs sont explicitement signalés), pour apercevoir les principes de la religion naturelle que le vicaire entend ici présenter. Bien évidemment, parler de religion au XVIIIe siècle implique de se situer par rapport au catholicisme, et vous devez définir la position du vicaire à ce sujet.

Dans ce texte, Rousseau pose aborde aussi la question du mal, indissociable de la question de la religion, tout autant que de celle de l’éducation. Votre première lecture de ce point de vue doit s’employer à repérer les réponses que Rousseau apporte à la question de l’origine du mal, au problème de la conciliation de l’existence de Dieu et de celle du mal, ainsi que les arguments qu’il avance sur ces points problématiques.

 

GIONO Les âmes fortes(1950)

Les âmes fortes est paru en 1950, dans le contexte d’un après-guerre marqué par la culpabilité après les horreurs de la guerres et la conscience de ce que la philosophe Hannah Arendt, a nommé « la banalité du mal ». Ce roman sera inséré en 1962 dans un volume que Giono définit comme des « chroniques romanesques » et qui comprend outre  Les âmes fortes,  Un roi sans divertissement  et Les grands chemins.

L’essentiel de cette chronique romanesque est constitué par la conversation de quelques personnages lors d’une veillée funèbre. Après quelques pages consacrées à différents ragots de la région, le récit va se centrer sur l’histoire de Thérèse, la plus vieille de femmes présentes à la veillée. Mais ce qui constitue l’intérêt du roman, c’est que cette histoire, qui commence avec la fuite de le jeune Thérèse et de son futur mari Firmin vers Chatillon, est contestée par un autre personnage présent à la veillée. La suite du roman va faire alterner les récits autobiographiques de Thérèse, et les contestations de ce personnage, qui proposent une toute autre version. La Thérèse du début est finalement bien différente de la Thérèse de la fin.

La principale difficulté de lecture que vous devez affronter se situe dans cette correction permanente du récit de Thérèse par celle qui la contredit, corrige, modifie son récit. Votre lecture doit donc s’employer à repérer les différents locuteurs, er à l’évolution que leur parole fait subir au récit. Vous devez donc repérer au cours de votre 1ère lecture les différents locuteurs (du moins à partir de la page 53, où débute le récit de Thérèse. Afin que vous puissiez facilement confronter les récits de différents locuteurs, nous vous proposons la disposition suivante)

 

 

RECITS DE THERESE

RECIT DU PERSONNAGE QUI LA « CONTREDIT »

p.53-69

 

p.70-75

 

p. 77-80

 

P 80-82

 

p. 82-120

 

p.120-271

 

p. 271-332

 

p.332-365

 

p.366-371

 

 

 

 

 

Là aussi vous devez tenter de prolonger votre lecture par une réflexion même embryonnaire sur les aspects de la problématique du mal abordés par Giono