PT2DS n°2

Publié le par prepamal2010.over-blog.com

1.      Résumé /8 : vous résumerez le texte d’E. Borne en 210 mots (+/- 10%)

Vous indiquerez en fin de résumé le nombre total de mots utilisés, et d’en faciliter la vérification  en mettant un trait vertical tous les 20 mots.

Pour faciliter le travail de correction, merci d’écrire toutes les 2 lignes.

 

 

                Critères d’évaluation:

                +  Repérage et reformulation des idées principales du texte

                +  Mise en évidence de la progression logique du texte

                +  Clarté, correction et précision dans la formulation des idées.

                +  Respect de l’énonciation

                +  Respect du nombre de mots dans les marges imposées.

 

2.      Dissertation/12

Selon E. Borne, « le combat (contre le mal) est de pensée ; l’angoisse du mal n’est pas seulement un tumulte affectif, elle est épouvante devant la déraison ; les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être. » Votre lecture des œuvres du programme vous conduit-elle à souscrire à cette affirmation

NB : dans la dissertation,  il n’est pas nécessaire d’écrire toutes les deux lignes

 

Ou personnage d’utopie, ou figure exemplaire mais inaccessible, ou homme parmi les hommes, le sage a résolu le problème du mal et il sait qu’il l’a résolu. Se demander si le sage est possible ou impossible, idéal ou réel, c’est aborder le problème du mal par un chemin véritablement philosophique, car la philosophie est aspiration à la sagesse et la sagesse serait l’accomplissement suprême de la philosophie si la possession d’une vérité qui donnerait sens à l’existence universelle permettait soit d’éluder le mal comme une rencontre insignifiante, soit de le surmonter comme un obstacle vaincu, soit de le dissoudre comme une apparence. « Qu’en est-il de la sagesse ? », la question doit se dresser au centre de cet essai, et il nous faut nous demander si jusqu’ici nous n’avons pas obstinément retardé, à force de diversion psychologique ou de divertissement esthétique, le moment de la réflexion proprement philosophique.

La notion même de philosophie renferme l’espoir d’une victoire sur le mal comme le montre l’analyse du plus commun langage. « Prendre les choses avec philosophie », « être philosophe », ces expressions s’entendent couramment d’une dignité résignée ou d’humour résolu en face de la malchance, de la sottise ou du malheur. Mais la sagesse semble ici recouvrir une secrète défaite et il faut aller jusqu’à la source de ces reflets affaiblis d’une plus pure lumière. La sagesse dans le grand sens du mot est le contraire d’un propos de repli, symbolisé par le retour à l’étroite Ithaque après le périple des grandes aventures.[1] La sagesse coïncide avec l’ambition la plus extrême de l’homme, qui est de tout embrasser et de tout résoudre par les ressources de l’esprit, et même l’opacité en apparence irréductible du mal. L’aspiration à la sagesse, comme toute pensée, a sa source dans l’angoisse du mal, mais elle est un effort de l’esprit pour se libérer de cette passion[2] qui l’offusque et l’opprime. Délier la pensée de la passion, philosopher contre l’angoisse, tels sont les itinéraires de la sagesse.

Nous savons donc d’avance à quelle condition une sagesse est possible : que l’absolu du malheur et du mal ne soit qu’une illusion de la passion, que la passion puisse être défaite et avec elle dispersées les phantasmes qu’elle engendre. Abandonner la souffrance et la faute à l’épreuve existentielle et subjective, ce serait vouer l’une et l’autre au non-sens et trahir la sagesse (...) Le combat est de pensée ; l’angoisse devant le mal n’est pas seulement un tumulte affectif, elle est épouvante devant la déraison ; les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être ; rappelons-nous les figures majeures du mal : le malheur de l’innocent, le partage des valeurs qui condamne à un aveuglement partiel tout lucidité politique, morale et peut-être religieuse, la mort d’un esprit si incontestablement fait pour connaître l’universel et embrasser le tout, autant de défaites de la raison ; d’où, plus grave que la panique du cœur le vertige de l’esprit contre lequel la philosophie en appelle à la sagesse. La raison doit avoir raison et l’irrationnel sera convaincu d’être un irréel sans substance. Cet impératif catégorique définit une nécessaire condition de possibilité de la philosophie comme chemin et de la sagesse comme terme.

Par la sagesse serait rompu le cercle vicieux de l’angoisse et du mythe. La mythologie, on l’a vu, ruse avec l’angoisse du mal, et elle ne cesse dans toutes les civilisations, de congédier la sagesse et de succomber à l’angoisse en masquant et en compensant sa défaite par les symboles glorieux de l’art. D’où l’alternative de la philosophie et de la mythologie. La quête de sagesse contredit l’abandon aux mythes à la manière dont la veille condamne et interrompt les images troubles du rêve. La sagesse sera si, une fois écartées les images fantastiques et pathétiques, l’absolu du mal ne résiste pas « à la fixité calme et profonde des yeux », au regard de l’esprit, à une vue métaphysique qui deviendrait d’elle-même une vie spirituelle. La sagesse ne se rencontre pas par hasard et selon des voies secrètes. Le voyage est de lumière. Il reste à en tenter une rapide esquisse.

Si le propos de la sagesse est  un effort pour faire s’évanouir le néant du non-sens dans la clarté d’un sens universellement enveloppant, les sagesses sont multiples que les hommes ont cru atteindre à différents moments de l’histoire de l’esprit et elles se montrent parfois sous des formes très imprévues, mais ces espèces ne sont jamais que des variétés d’un genre immuable. La même sagesse est dans toutes les sagesses, préoccupée d’abolir les énigmes et les scandales de l’existence dans une parole intelligible, une raison réelle et vivante qui sera à la fois explication et absolution. L’être  tend à se confondre avec un discours cohérent et harmonieux. Comme réalité matérielle, la sagesse peut faire question, mais non pas comme forme, et cette forme jouit d’une constance qui va jusqu’à l’identité. Il y a une essence de la sagesse. Mais cette essence est –elle capable de passer à l’existence ? En cet énoncé faussement abstrait tient comme toute l’espérance d’une solution rationnelle du problème du mal.

Semblable à Athéna[3] sortant armée et casquée de la tête de Zeus, la sagesse atteint du premier coup à sa figure parfaite ; elle situe l’homme dans une belle totalité qui ne peut être autre qu’elle n’est et dont la connaissance a la vertu d’ôter le mal du mal, c'est-à-dire de retrancher ce qu’il paraissait avoir d’injustifiable. L’angoisse du mal n’a donc qu’une âme, vaine, d’ignorance ; elle ne sait pas le tout ; elle oppose à l’incontestable un possible imaginaire et se contraint à ne voir dans un mal qu’arbitraire et malédiction ; elle ne sait pas la beauté et son pouvoir d’apaisement ; elle s’enferme dans le faux sublime de la révolte. Le monde de l’angoisse est un monde cassé dans lequel le lien intelligible est brisé et cette diaspora de l’être impose la fausse évidence du non-sens. Il suffit donc pour entrer dans la sagesse de passer de l’ignorance au savoir.

Savoir d’abord de la totalité : l’axiome fondateur de la sagesse affirme l’identité du Tout et du Bien.  L’être est un, d’un seul tenant et n’ayant pas d’autre fin que lui-même, il est la valeur suprême ; c’est la même absurdité que de supposer un être en dehors de l’être ou une être meilleur que l’être puisque l’être est le tout. Cette intelligence de la totalité devient aussitôt une grâce mais rationnelle : pensant le Tout l’homme (mais no pas l’homme entant qu’homme, l’homme en tant qu’esprit) est capable de situer à leur place dans une vraie et apaisante architecture la souffrance et la faute, même celles qui, l’atteignant en plein cœur, l’inviteraient à se replier sur lui-même et lui donneraient l’illusion d’une rupture avec la totalité. Pense au tout, pense le tout et ton mal sera sans importance, maxime majeure de la sagesse.. Si l’homme singulier était le tout, son mal deviendrait absolu et il ferait du même coup l’énigme et le scandale que nous disions. Le mal, s’appelât-il guerre, peste ou famine ne ravage jamais que la partie, il est relatif et passager et on ne peut en faire l’attribut du Tout, qui ne saurait se combattre lui-même, souffrir maladie ou manquer de quelque bien. Par la grâce du Tout, disparaissent ainsi le faux absolu du malheur et le mensonge du mystère d’iniquité.

Savoir en second lieu de la nécessité : la liaison des causes et des effets, la suite des temps, le déterminisme des situations montrent clairement combien sont inévitable et le mal et le mélanges du bien et du mal et les catastrophes et la mort ; une fureur collective de crime ou de fanatisme considérée sub specie necessitatis[4] n’est pas différente d’une tempête et d’une avalanche ; le désordre ainsi est ramené à l’ordre ; un enfer qui a ses lois cesse d’être un enfer ; la raison triomphe au cœur même de la déraison ; la nécessité établit la souveraineté du réel ; les limbes d’un possible, utopique ou torturant, qui n’est pas mais aurait pu être, deviennent mythologie ; le possible, exactement, c’est l’impossible. Comprendre selon la nécessité-et de quelle autre intelligence accomplie pourrions-nous rêver ?-adhérer à la nécessité, et ainsi abolir le mal, autre maxime majeure de la sagesse. Le mas est ainsi pris dans les liens qui le rattachent à l’être et au bien. L’absolu du mal générateur d’angoisse n’est plus qu’un mirage éteint.

Savoir enfin de la beauté : les comparaisons esthétiques sont familières à la sagesse ; les ombres qui rehaussent les couleurs, la dissonance placée où il faut qui donnent du relief à l’harmonie, les Théodicées, des stoïciens à Leibniz ont multiplié cette sorte de lieux communs qui n’est pas sans signification profonde. Car la beauté, limpide à l’esprit, propriété fondamentale de l’être est la seule solution du problème du mal qui soit en même temps une absolution. Contempler la beauté qui pour sa propre gloire utilise si savamment, si innocemment  laideurs et difformité, voilà la troisième maxime de la sagesse et elle propose une rédemption intelligible du mal. Un maître de sagesse, à ce déclin de l’hellénisme qui en révèle l’essence trouvait une admirable image pour exprimer cette religion heureuse et aveugle au mal : « le mal, écrit Plotin, n’existe pas isolément…il se montre nécessairement pris dans les liens de la beauté, comme un captif couvert de chaînes d’or ; ces liens le cachent afin que sa réalité soit bien invisible des dieux, afin qu’il ne soit pas toujours devant le regard des hommes et afin que ceux-ci même lorsqu’ils  le voient, puissent grâce aux images qui le recouvrent se souvenir de la beauté et s’unir à elle (PLOTIN, 8ème traité de la 1ère Ennéade).

Ce triple savoir, totalité, nécessité, beauté, est fondamentalement un ; les trois catégories de la sagesse se supposent mutuellement et renvoient l’une à l’autre. La totalité est nécessité ; car plus profond que le déterminisme des phénomènes est le lien qui unit le tout à lui-même, l’empêche de se défaire et de se disperser, lui donne une souveraine réalité. Et la nécessité ne peut être que totale pour congédier tout soupçon de contingence et établir la cohérence universelle de l’être. Par la beauté la totalité et la nécessité passent de l’abstrait au concret, l’intelligible devient sensible ; une totalité harmonieuse par la vertu même de sa nécessité immanente, de sa finalité interne est une chose de beauté, et cette beauté est manifestation d’un sens, déroute du non-sens ; le mal chargé des chaînes d’or de la beauté est le captif qui ajoute à la gloire du triomphe[5]. Comment ne pas consentir à cette grandiose ordonnance ?

Si le mal est obstacle et objection à la réconciliation de l’homme et du monde, la sagesse est une impeccable technique d’écrasement de l’obstacle et de réfutation de l’objection. Là où le sens échappe et fuit, le recours à la totalité, à la nécessité, à la beauté le rétablit aussitôt avec une force qui s’estime indépassable. Par exemple, l’angoisse du mal, cette passion faisait de la mort un malheur absolu ; la sagesse sera plus forte que la passion en prouvant que la disparition de l’être particulier est le sacrifice raisonnable et nécessaire que consent la partie à la réalité plus divine du Tout, et que le renouvellement des individus en soulignant la permanence des grandes structures, la constance des types et lois rend plus vivante la beauté universelle, capable ainsi de se mouvoir au dedans de son immobilité.

E. BORNE. Le problème du mal (PUF, 1958)



[1] Ithaque : Île grecque dont Ulysse est le  roi. L’Odyssée d’Homère raconte les aventures d’Ulysse pendant son retour de Troie, où il a combattu aux côtés des grecs.

[2] Passion est à prendre ici au sens étymologique.

[3] Athéna est la déesse de la sagesse. C’est aussi un déesse guerrière .

[4] Sub specie necessitatis : sous l’aspect de la nécessité, du point de vue de la nécessité

[5] Allusion au triomphe des généraux romains après une campagne victorieuse : il défilaient dans Rome, derrière le butin et les captifs dont ils s’étaient emparé pendant la campagne militaire.

Publié dans DS PT* Baggio

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