giono cours n° 2 textes lus

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 Introduction :

HOBBES. Le citoyen ou les fondements de la politique(1642)

II. La plupart de ceux qui ont écrit touchant les républiques, supposent ou demandent, comme une chose qui ne leur doit pas être refusée, que l'homme est un animal politique, [en grec dans le texte]  selon le langage des Grecs, né avec une certaine disposition naturelle à la société. Sur ce fondement-là ils bâtissent la doctrine civile; de sorte que pour la conservation de la paix, et pour la conduite de tout le genre humain, il ne faut plus rien sinon que les hommes s'accordent et conviennent de l'observation de certains pactes et conditions, auxquelles alors ils donnent le titre de lois. Cet axiome, quoique reçu si communément, ne laisse pas d'être faux, et l'erreur vient d'une trop légère contemplation de la nature humaine. Car si l'on considère de plus près les causes pour lesquelles les hommes s'assemblent, et se plaisent à une mutuelle société, il apparaîtra bientôt que cela n'arrive que par accident, et non pas par une disposition nécessaire de la nature. En effet, si les hommes s'entr'aimaient naturellement, c'est-à-dire, en tant qu'hommes, il n'y a aucune raison pourquoi chacun n'aimerait pas le premier venu, comme étant autant homme qu'un autre; de ce côté-là, il n'y aurait aucune occasion d'user de choix et de préférence. je ne sais aussi pourquoi on converserait plus volontiers avec ceux en la société desquels on reçoit de l'honneur ou de l'utilité, qu'avec ceux qui la rendent à quelque autre. Il en faut donc venir là, que nous ne cherchons pas de compagnons par quelque instinct de la nature; mais bien l'honneur et l'utilité qu'ils nous apportent; nous ne désirons des personnes avec qui nous conversions, qu'à cause de ces deux avantages qui nous en reviennent. On peut remarquer à quel dessein les hommes s'assemblent en ce qu'ils font étant assemblés. Si c'est pour le commerce, l'intérêt propre est le fondement de cette société; et ce n'est pas pour le plaisir de la compagnie, qu'on s'assemble, mais pour l'avancement de ses affaires particulières. S'il y a du devoir ou de la civilité en cet assemblage, il n'y a pourtant pas de solide amitié comme vous voyez dans le palais, où diverses personnes concourent, et qui s'entre-craignent plus qu'elles ne s'entr'aiment; d'où naissent bien quelquefois des factions, mais d'où il ne se tire jamais de la bienveillance. Si les assemblées se forment à cause du divertissement qu'on y reçoit, remarquez-y, je vous prie, comme chacun se plaît surtout aux choses qui font rire; et cela sans doute afin qu'il puisse (telle étant à mon avis la nature du ridicule) avoir davantage de complaisance pour ses belles qualités, par la comparaison qu'il en fait avec les défauts et les infirmités de quelque autre de la troupe. Mais bien que cette petite satisfaction soit assez souvent fort innocente, il en est pourtant manifeste que ceux qui la goûtent se plaisent à la gloire, plutôt qu'à la société en laquelle ils la trouvent. Au reste, en ces assemblées-là, on picote les absents, on examine toute leur vie, toutes leurs actions sont mises sur le tapis, on en fait des sujets de raillerie, on épluche leurs paroles, on en juge, et on les condamne avec beaucoup de liberté. Ceux qui sont de ce concert ne sont pas épargnés, et dès qu'ils ont tourné le dos, on les traite de la même sorte dont ils ont traité les autres: ce qui me fait grandement approuver le conseil de celui qui se retirait toujours le dernier d'une compagnie. Ce sont là les véritables délices de la société. Nous nous y portons naturellement, c'est-à-dire, par les affections qui nous sont communes avec le reste des animaux, et n'en sommes détournés que par quelque dommage qui nous en arrive, ou par les préceptes de la sagesse (dont plusieurs ne sont jamais capables) qui réfrène l'appétit du présent par la mémoire du passé. Hors de ces entretiens-là, le discours de diverses personnes, qui y sont fort éloquentes, devient froid et stérile. S'il arrive à quelqu'un des assistants de raconter quelque petite histoire, et que l'un d'entre eux parle de soi-même, chacun voudra faire le semblable. Si quelqu'un récite quelque étrange aventure, vous n'entendrez de tous les autres que des miracles, et on en forgera plutôt que d'en manquer. Et pour ne pas oublier en cet endroit ceux qui font profession d'être plus sages que les autres, si c'est pour philosopher qu'on s'assemble; autant d'hommes qu'il y aura dans un auditoire, ce seront autant de docteurs. Il n'y en aura pas un qui ne se sente capable, et qui ne se veuille mêler d'enseigner les autres; et de cette concurrence naîtra une haine mutuelle, au lieu d'une amitié réciproque. Il est donc évident par ces expériences, à ceux qui considèrent attentivement les affaires humaines, que toutes nos assemblées, pour si libres qu'elles soient, ne se forment qu'à cause de la nécessité que nous avons les uns des autres, ou du désir d'en tirer de la gloire; si nous ne nous proposions de retirer quelque utilité, quelque estime, ou quelque honneur de nos compagnons en leur société, nous vivrions peut-être aussi sauvages que les autres animaux les plus farouches. La même conclusion se peut recueillir par un raisonnement, sur les définitions de la volonté, du bien, de l'honneur, et de l'utile. Car puisque c'est volontairement que la société est contractée, on y recherche l'objet de la volonté, c'est-à-dire, ce qui semble bon à chacun de ceux qui y entrent. Or ce qui paraît bon est agréable, et appartient à l'esprit ou à ses organes. Tout le plaisir de l'âme consiste en la gloire (qui est une certaine bonne opinion qu'on a de soi-même) ou se rapporte à la gloire. Les autres plaisirs touchent les sens, ou ce qui y aboutit, et je les embrasse tous sous le nom de l'utile. je conclus donc derechef, que toutes les sociétés sont bâties sur le fondement de la gloire et des commodités de la vie; et qu'ainsi elles sont contractées par l'amour-propre, plutôt que par une forte inclination que nous ayons pour nos semblables. Cependant il y a cette remarque à faire, qu'une société fondée sur la gloire ne peut être ni de beaucoup de personnes, ni de longue durée; parce que la gloire, de même que l'honneur, si elle se communique à tous sans exception, elle ne se communique à personne; la raison en est, que la gloire dépend de la comparaison avec quelque autre, et de la prééminence qu'on a sur lui; et comme la communauté de l'honneur ne donne à personne occasion de se glorifier, le secours d'autrui qu'on a reçu pour monter à la gloire en diminue le prix. Car on est d'autant plus grand et à estimer, qu'on a eu de propre puissance, et moins d'assistance étrangère. Mais bien que les commodités de cette vie puissent recevoir augmentation par l'assistance mutuelle que nous nous prêtons, il est pourtant certain qu'elles s'avancent davantage par une domination absolue, que par la société; d'où il s'ensuit, que si la crainte était ôtée de parmi les hommes, ils se porteraient de leur nature plus avidement à la domination, qu'à la société. C'est donc une chose tout avérée, que l'origine des plus grandes et des plus durables sociétés, ne vient point d'une réciproque bienveillance que les hommes se portent, mais d'une crainte mutuelle qu'ils ont les uns des autres.

 

 

 

1.      La société dans les AF : un théâtre

a.      Inégalités : C’est d’abord une société régie par l’inégalité

. p.109 : « madame Carluque, Mme Barlut ou Mme Soullet, ou Mme Sautel qui étaient aussi ce qu’il y a de mieux ; femmes de pharmacien, notaire, arpenteur, et même rentier »)

 p. 77 au sujet des postillons : « le postillon de Baurrière, un petit maigre, roux et pète-sec comme une étincelle de briquet qui tapait d’ici, rebondissait de là » (…) celui de Die, un gros qui tout le temps répétait « Voyons voir ».

p.70 : Elle n’était pas de notre bord, elle était de celles qui étaient là-haut avec Madame. C’étaient les damotes, elles étaient mises comme des reines »

 « On m’avait dit en effet que vous faisiez la fortune de ces gens. Etait-ce nécessaire de faire leur fortune ? Et il parla d’amour comme en parlent ceux qui suivent les voies de Dieu. »p 187

                                                              i.      Exploitation

Cf.  p.130 (depuis que je vous parle…).

b.      Rivalité :

Un exemple : le cheval de Mme Numance

Mme Carluque : « d’autant plus qu’elle (Mme Numance) avait toujours été fâchée avec Mme Carluque (c’était la femme du tanneur : une maîtresse femme, présidente des enfants de Marie ; elle tenait l’orgue et menait son train à la baguette. Il ne fallait pas lui marcher sur le pied. Et Chatillon était à elle. Elle tutoyait tout le monde ordonnait et il fallait obéir. Elle n’aimait pas du tout Mme Numance, mais alors pas du tout. Il fallait qu’elle soit partout la première et les amazones, les palatines et les chapeaux à plumes elle n’aimait pas ça, sur les autres »)

Voilà mon amazone et mon chapeau à plumes qui arrivent. Elle était de l’autre côté de la rue. La Carluque, tout en faisant et patati et patata, ne la perdait pas de l’œil. Mon amazone aperçoit l’attelage et ne fait ni une ni deux : elle traverse. On s’est dit : « qu’est-ce qui va arriver ? ». Rien. Même le curé en est resté plat. Mme Numance s’approche du cheval. Je vous ai dit : elle ne parlait jamais à personne. Là elle a dit : « mon bijou », et elle a caressé le front du cheval.

Qui aurait supporté une avanie comme ça sans rien dire. En tout cas pas les Carluque(…) Il commença à circuler des bruits (…) : « on ne s’adresse pas à Reveillard, ou alors c’est qu’on n’a pas la « conscience tranquille ». (…)Cette conscience tranquille, on s’en servit à qui mieux mieux. Tu ne pouvais pas faire un pas dans la rue sans entendre : « s’ils avaient la conscience tranquille… ». Tu entrais chez le boucher, chez l’épicier et il était en train de dire : « Moi qui ai la conscience tranquille… »(…) Bref, la conclusion de tout ça était que les Numance n’avaient pas la conscience tranquille. Ça c’était du Carluque tout pur.

p.104 :

 Alors il parla de prospérité, de sa prospérité, de leur prospérité, de la prospérité de l’entreprise Carluque, de la prospérité des entreprises bien menées, de la sécurité que les ouvriers avaient dans une entreprise dont le patron assurait la prospérité (…) Il parla ensuite rapidement de sa conscience tranquille.

 

c.       Apparences : autre forme du mal social dans le roman qu’évoque Hobbes : le jeu des apparences

p.167

Le lendemain, on le fit appeler à la maison. « Combien gagnez-vous à votre forge, Firmin ? lui demanda M. Numance. Voilà le grand jour se dit Firmin, tenons la dragée haute. « Ce n’est pas ce que je gagne, répondit-il, mais nous autres ouvriers, nous avons des rêves » Et il parla d’une forge qu’il rêvait de prendre à son compte dans un petit village, sur la grand-route, du côté de Romans, autant dire le bout du monde.(…)Soudain, il prit son air dindon. Il venait d’avoir une idée de génie. Disons un peu de vérité, se dit-il : les deux mains jointes lui avaient mis la puce à l’oreille. Il avait remarqué aussi la respiration haletante de Mme Numance. « Je ne sais pas quoi vous répondre, dit-il avec son rire comblé le plus bête possible. Si je dis oui, comme j’en ai envie, ne me prendrez vous pas pour un de ces gens comme il y en a qui profitent de ceux qui ont bon cœur. (…)Mais attention, je ne veux pas que ce soit gratis : je serai votre jardinier et votre homme de peine. Là je ne démords pas. Je sais que c’est peu de chose, mais donnez moi au moins cette satisfaction.

 

p.168-169

Firmin s’acheta des guêtres et une sorte d’uniforme : une veste de velours coupée à la garde- chasse, avec des boutons de cuivre gros comme des écus où des têtes de sangliers avaient un demi-centimètre d’épaisseur. Il se disait plusieurs choses : d’abord « comme ça il n’y a plus de doute, je ne suis plus un ouvrier. J’ai ma devanture ; c’est encore mieux que les cigares du baptême. C’est le chemin pour que les gens me disent Monsieur »

p.187.

 « Il en voulait surtout à un manchon de petite fourrure dans lequel Thérèse, comme Mme Numance réchauffait ses mains »

p.136-137 :

Ce mariage, c’est le chef-d’œuvre de Firmin. Il en a fait une course à pied. Qui arrivera le premier ? le pasteur ou l’enfant ?.C’est le pasteur. Mais au poil. C’est ce qu’il faut. Ne laissons par refroidir le public. Thérèse est allée au temple un soir. Elle est comme une barrique. C’est tout juste si Firmin ne lui dit pas : « Tiens le encore un peu ». Ou peut-être il le lui a dit. En tout cas elle le tient aller et retour, mais retour elle lâche. C’est tellement réussi que Chatillon n’en dort pas. Elle crie suffisamment pour que le lendemain la commère puisse se donner les gants d’avoir eu peur. »

d.      Une exception: les Numance

Sitôt la guerre finie, elle recommence  comme si de rien n’était, à se promener de droite à gauche, avec ses paniers de provisions, son portefeuille ouvert, ses boites à pharmacie. Elle recommence à payer les notes de docteur, les notes de boulanger, les notes d’épiceries de cent ménages. Elle est marraine d’une marmaille à faire frémir. Elle en arrive même – (et il faudrait la peindre sur les murs d’une église)- à aller, avec son toujours joli visage, téter, à l’aide d’une pipe en terre, de nouvelles accouchées qui ont un abcès au sein. Elle attaque la douleur et la misère partout où elle se trouve. C’est le Napoléon du malheur.

2.      L’homme animal social ? La société comme jungle

 

a.      Les prédateurs :

                                                              i.      La cupidité

Réveillard

p.96 : « c’était donc à Lus qu’il allait ! Et Lus, on savait ce que ça voulait dire. Il y en avait un à Lus qui faisait l’escompte. Sur celui là il y aurait à raconter. Une chose seulement : on ne le voyait jamais sans des morceaux de sparadrap sur la figure ou des pansements, car les gens passaient leur temps à lui voler à la figure »

p.270 :

Habitué aux âpres combats au cours desquels il arrachait aux paysans leurs fortunes, leurs économies ou le maigre produit de leur travail jusqu’au dernier sou, il ignorait la pitié. C’était un capitaine de guerre. Il avait organisé la combinaison dans laquelle devait périr les Numance avec toute la minutie de son art : toute l’histoire était écrite dans son carnet en deux chiffres : la somme d’argent qu’il tirerait de l’affaire ; celle qui resterait au dénommé Firmin (à côté de laquelle était indiquées en tant  pour cent les modalités d’une dernière escarmouche qu’il était décidé à livrer en fin de tout compte, et pour solde à son allié du moment. Mais il avait au cœur l’enfantillage amer des capitaines, dont la cruauté est presque la bonne façon.

Il boutonna sa redingote jusqu’au col et il tira du caisson de sa voiture un chapeau Gibus enveloppé dans du papier journal. Il s’était dit : « Ces gens là méritent un peu de cérémonie. Si on ne se bat pas, au moins qu’on rigole »

Firmin

p.133-135 : portrait de Firmin par le contre : « Il vous connait comme sa poche, il sait que vous l’attendez. Il sait qu’en raison même de ses favoris, de sa moustache, de son air chien, vous attendez une voix humble, un regard touchant comme une petite boule de moineau avec toutes ses plumes gonflées comme quand il grêle, une petite chose qu’on a envie de prendre dans ses mains et de mettre près du feu en disant « Chauffe-toi ». Il sait que vous vous préparez à ça et que, contre ça,  vous avez décidé d’être fort. Mais pas du tout alors. Il arrive et tout à trac, il vous pose la question sans fioritures. Les bras vous en tombent. Avant que vous ayez repris votre respiration, il a déjà parlé cinq minutes, vous a fait des offres, donné des garanties. On ne s’attendait pas à faire une affaire ; il faut qu’on reconsidère tout. Mais lui il s’y attendait, et il a déjà tout considéré. Inutile de vous dire qu’après, les garanties, vous les aurez sans les avoir, et ce qu’il vous a offert on le cherche. (…) S’il se met sur quelqu’un c’est la tique. Il est toujours placé dans un endroit où vous ne pouvez pas vous gratter. Faites du sang, il en boit. Faites du poison : vous en crevez mais lui s’en tire. Il attendra que vous soyez froid, et à un autre… »

p.139-140 : ce n’est pas la charité qu’on veut. C’est se servir dans ce que vous avez.

                                                            ii.      L’amour

L’amour de Thérèse pour Madame Numance

Cf. p.153 : On lui aurait coupé bras et jambes (lui = Firmin) si on lui avait dit, par exemple, que depuis qu’elle était entrée chez Mme Numance Thérèse s’abandonnait à l’amour ! Les traits, la démarche, le costume, le chapeau à plume de Mme Numance l’avaient déterminée depuis longtemps. C’est même pour se rapprocher qu’elle l’avait donnée à Firmin.

Cf. aussi p.194 : « Celle là, j’aimerais bien l’être, se disait Thérèse, oui celle là, je la voudrais toute »

 Et p. 206 : « son ardent désir d’être remplaçait fort bien l’amour, et même était de l’amour le plus vrai »

p.207 : « Il lui fallait des preuves de sa victoire. Elle n’en trouvait pas de meilleures que dans les signes les plus terribles du désarroi ; « Elle avait perdu les sens », se disait-elle avec délices. On serait venu lui dire que Mme Numance épuisée d’amour était devenue folle ou à l’article de la mort que son premier sentiment aurait été une joie délirante ».

Amour de Mme Numance pour Thérèse

Après que Firmin a frappé Thérèse, elle déclare « Il faudra qu’il te laisse à moi »(p.164)

Voir aussi l’image de l’aigle p 177,

Parfois un aigle tombait du sommet des montagnes comme une pierre vers quelque tâche de couleur perdue dans les éteules, au dessus desquelles il freinait subitement en ouvrant ses larges ailes qui claquaient comme des voiles de barque. Il s’éloignait en glissant, puis revenait vers son désir sur lequel les deux femmes le voyaient enfin plonger et s’abattre »

 

                                                          iii.      La recherche du pouvoir : La Thérèse de la fin du roman.

 

« Thérèse était une âme forte. Elle ne tirait pas sa force de la vertu : la raison ne lui servait de rien : elle ne savait même pas ce que c'était -, clairvoyante, elle l'était, mais pour le rêve -, pas pour la réalité. Ce qui faisait la force de son âme, c'est qu'elle avait, une fois pour toutes, trouvé une marche à suivre. Séduite par une passion, elle avait fait des plans si larges qu'ils occupaient tout l'espace de la réalité ; elle pouvait se tenir dans ces plans quelle que soit la passion commandante -, et même sans passion du tout. La vérité ne comptait pas. Rien ne comptait que d'être la plus forte et de jouir de la libre pratique de la souveraineté. Etre terre à terre était pour elle une aventure plus riche que l'aventure céleste pour d'autres. Elle se satisfaisait d'illusions comme un héros. Il n'y avait pas de défaite possible. C'est pourquoi elle avait le teint clair, les traits reposés, la chair glaciale mais joueuse, le sommeil profond. »

cf. p 310

Je le lançais pour ainsi dire un peu dans le monde. Chaque fois que j’avais un campo, le dimanche, jele menais dans un bistrot du quartier des tanneurs où on dansait. Je me liais avec quelques femmes et on finissait par s’attabler avec les maris. Avant d’y aller, je lui soufflais tout ce qu’il avait à dire. Il avait pris l’habitude de me trouver gentille quand il m’obéissait au doigt et à l’œil et il faisait tellement d’effort pour m’obéir qu’il en suait »

p. 332 : « je vous serrerai le kiki, ma belle dame, jusqu’à ce que vous tiriez la langue d’un mètre »

b.      La faiblesse de proies : l’illusion du bien, ou sa nécessaire disparition, la passion

                                                              i.      Les proies qu’on utilise comme moyen pour arriver à ses fins

Les bourgeois « bien pensants »

p. 136

Ces dames de Sion sont bien venues sept à huit fois à la cabane à lapins. On n’a pas besoin de savoir qu’elles viennent surtout pour les papiers. Le tout est qu’on les voie aller et venir avec leurs armes et bagages, c'est-à-dire chapeaux et corsage de satin. Si ces dames sont dans la bagarre, c’est bon signe. On peut y aller de sa larme à l’œil et tout le monde y va. Il n’est question que de cette pauvre fille. « Mais vous savez qu’elle va se marier ? –Mais que me dites-vous ?- Je le tiens de ces dames de Sion qui s’en occupent »

 

p.137 Va remercier ces dames. Celle là y va . Elle a son petit visage tiré et tout pâle et ses grands yeux –tu te souviens de tes grands yeux Thérèse ?-. Elle se tient cependant droite et solide. Firmin connaît le prix de ce qu’ici( et partout) on appelle « bonne volonté ». Il faut qu’on dise : Vous avez vu comme elle était pâle, la pauvre, mais comme elle a de la bonne volonté. Pour les gens comme Firmin et Thérèse, la « bonne volonté » est la clef qui ouvre les portes.

Voir aussi le déménagement vers la cabane à lapin p .320-321  pc/7 fev

                                                            ii.      Les cibles :

  • Firmin cible des Numance p.259 -260

p. 259-260

Est-tu satisfaite ? demanda M. Numance à sa femme. Raconte moi un peu. Dis moi seulement quels ont été les gestes de ce Réveillard et je te dirai combien de temps nous avons encore à vivre ici.-Quelle arme terrible, dit Mme Numance. J’ai presque honte de m’en servir. –De quoi veux-tu parler ?-Du plaisir de donner. – Ah, c’est une arme de roi, dit M. Numance Ils sont comme des hommes de Jéricho dans la forteresse de Chanaan, dit-elle, et plus faibles encore. Leurs murailles s’écroulent au premier son de la trompette. – Tu as l’air de t’être bien amusée – Trop. J’en avais scrupule. Tu sais combien je peux être féroce dans cette façon de combattre. J’ai vraiment là un orgueil indomptable dont il faudra que je me punisse un jour si Dieu ne le fait pas. Il était à moitié étouffé dans le platras de ses combinaisons écroulées et, ne suis-je pas allée jusqu’à refuser la garantie de l’enregistrement ? C’était comme si j’avais mis le pied sur la gorge d’un enfant. »pt2

  • Mme Numance Cible de Thérèse p.327-329

p.329 :

Je comptais sur sa bonté pour penser à tout ça. Je savais, que dans le temps, elle s’était conduite de telle façon que je pouvais presque faire fond sur ces pensées-là. La charité ne vient pas par trente-six chemins. Je mettais aussi ma confiance dans la fierté que toute son allure dénotait. Quand les fiers sont bons, il  y a toujours beaucoup à gagner. Et il s’agissait aussi de la peur de vieillir. C’est un sentiment qui s’ajoute à tout chez tout le monde. Il faut toujours y penser »

c.       Animalité et humanité : une sauvagerie généralisée

Ce qui domine également dans les rapports humains, c’est l’animalité omniprésente et la s la sauvagerie

                                                              i.      Une guerre omniprésente

 

                                                            ii.      Les comparaisons animales et le thème de la dévoration

 

 

 «p.152.Pendant que le Firmin combinaient d’un côté, les Numance combinaient de l’autre. Côtés loups, côtés agneaux, c’était un .(…). Il y avait même chez les Numance une férocité à laquelle Firmin était loin de s’attendre »  (voir plus haut l’aveu de sa férocité par Mme Numance

                                                          iii.      La volonté de puissance

Texte de Nietzsche (in La volonté de puissance)

J'émets la théorie que la volonté de puissance est la forme primitive des passions, que toutes les autres passions ne sont que la transformation de cette volonté, qu'il y aurait clarté plus grande à placer, au lieu de l'idée de " bonheur " eudémonistique (à quoi doit aspirer toute vie), l'idée de puissance: " aspirer à la puissance, à un surcroît de puissance "; la joie n'est symptôme du sentiment que la puissance est atteinte, c'est la perception d'une différence - ( - on n'aspire point à la joie: la joie se produit lorsque l'on a atteint ce à quoi l'on aspirait: la joie accompagne, elle ne met pas en mouvement); que toute force est volonté de puissance, qu'il n'y a pas d'autre force physique, dynamique ou psychique... Dans notre science, où la conception de cause et d'effet est réduite à une équation, avec notre orgueil de démontrer que de chaque côté il y a la même quantité de force, nous ne tenons pas compte de ce qui est la force active, nous ne considérons que les résultats, nous les considérons comme équivalents par rapport à leur quantité de force...

C'est simple affaire d'expérience, si nous pouvons dire que le changement ne cesse pas: car nous n'avons pas la moindre raison de croire qu'à un changement en succède nécessairement un autre. Au contraire: un état, une fois atteint, devrait se conserver, s'il ne renfermait pas un pouvoir qui consiste précisément à ne pas vouloir se conserver... La proposition de Spinoza concernant la conservation de soi devrait en somme entraver le changement: mais la proposition est fausse, c'est le contraire qui est vrai... C'est précisément sur tout être vivant que l'on peut montrer le plus exactement qu'il fait tout ce qu'il peut pour ne point se conserver soi-même, mais pour devenir plus qu'il n'est...

339.

 

Le " machiavélisme " de la puissance (machiavélisme inconscient). - La volonté de puissance apparaît: a) chez les opprimés, chez les esclaves de toute espèce, sous forme de désir de " liberté ": c'est seulement la délivrance qui semble être le but (au point de vue moral et religieux: " responsable seulement devant sa propre conscience "; " liberté évangélique ", etc.);

b) chez une espèce plus forte qui commence à s'élever à la puissance; c'est alors la volonté de la supériorité; si celle-ci commence par être sans succès, elle se restreint d'abord à la volonté de " justice ", c'est-à-dire à l'égalité des droits pour tout le monde (lutte pour les droits... );

c) chez les plus forts, les plus riches, les plus indépendants, les plus courageux, sous forme d'" amour de l'humanité ", du " peuple ", de l'évangile, de la vérité, de Dieu; sous forme de pitié, de sacrifice de soi, etc., - et encore sous forme de victoire remportée sur les autres, d'entraînement, d'enrégimentement instinctif à une grande quantité de force, avec quoi l'on voudrait s'identifier, pour pouvoir lui donner une direction: le héros, le prophète, le César, le Sauveur, le berger; - l'amour sexuel appartient aussi à cette rubrique: il veut la subjugation, la prise de possession, et il apparaît comme s'il était l'abandon. En somme c'est seulement l'amour de l'" instrument ", du " gage ", la conviction que telle chose vous appartient, comme à quelqu'un qui peut s'en servir).

" Liberté ", " justice " et " amour " !!! -

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