DS2 PSI/PC

Publié le par prepamal2010.over-blog.com

1.       Résumé : Vous résumerez le texte en 110 mots. (+/-10%)

Vous indiquerez en fin de résumé le total des mots utilisés ; vous aurez soin d’en assurer la vérification

  • Soit en précisant le nombre de mots par ligne
  • Soit en mettant un trait vertical tous les vingt mots

Des points de pénalité seront soustraits en cas

  • De non- respect du nombre total de mots autorisé,
  • De non-indication du nombre total de mots
  • d’absence de séparateurs ou d’indications de nombre de mots par ligne

Afin  de faciliter la correction, merci d’écrire une ligne sur deux (pour le résumé uniquement. Pensez à me laisser une marge.

2.      Dissertation/12

Dans le paragraphe qui précède le texte ci-dessous, E. Borne écrit : « le combat (contre le mal) est de pensée ; l’angoisse du mal n’est pas seulement un tumulte affectif, elle est épouvante devant la déraison ; les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être. » Votre lecture des œuvres du programme vous conduit-elle à souscrire à cette affirmation ?

 

Si le propos de la sagesse est  un effort pour faire s’évanouir le néant du non-sens dans la clarté d’un sens universellement enveloppant, les sagesses sont multiples que les hommes ont cru atteindre à différents moments de l’histoire de l’esprit et elles se montrent parfois sous des formes très imprévues, mais ces espèces ne sont jamais que des variétés d’un genre immuable. La même sagesse est dans toutes les sagesses, préoccupée d’abolir les énigmes et les scandales de l’existence dans une parole intelligible, une raison réelle et vivante qui sera à la fois explication et absolution. L’être  tend à se confondre avec un discours cohérent et harmonieux. Comme réalité matérielle, la sagesse peut faire question, mais non pas comme forme, et cette forme jouit d’une constance qui va jusqu’à l’identité. Il y a une essence de la sagesse. Mais cette essence est –elle capable de passer à l’existence ? En cet énoncé faussement abstrait tient comme toute l’espérance d’une solution rationnelle du problème du mal.

Semblable à Athéna[1] sortant armée et casquée de la tête de Zeus, la sagesse atteint du premier coup à sa figure parfaite ; elle situe l’homme dans une belle totalité qui ne peut être autre qu’elle n’est et dont la connaissance a la vertu d’ôter le mal du mal, c'est-à-dire de retrancher ce qu’il paraissait avoir d’injustifiable. L’angoisse du mal n’a donc qu’une âme, vaine, d’ignorance ; elle ne sait pas le tout ; elle oppose à l’incontestable un possible imaginaire et se contraint à ne voir dans un mal qu’arbitraire et malédiction ; elle ne sait pas la beauté et son pouvoir d’apaisement ; elle s’enferme dans le faux sublime de la révolte. Le monde de l’angoisse est un monde cassé dans lequel le lien intelligible est brisé et cette diaspora de l’être impose la fausse évidence du non-sens. Il suffit donc pour entrer dans la sagesse de passer de l’ignorance au savoir.

Savoir d’abord de la totalité : l’axiome fondateur de la sagesse affirme l’identité du Tout et du Bien.  L’être est un, d’un seul tenant et n’ayant pas d’autre fin que lui-même, il est la valeur suprême ; c’est la même absurdité que de supposer un être en dehors de l’être ou une être meilleur que l’être puisque l’être est le tout. Cette intelligence de la totalité devient aussitôt une grâce mais rationnelle : pensant le Tout l’homme (mais no pas l’homme entant qu’homme, l’homme en tant qu’esprit) est capable de situer à leur place dans une vraie et apaisante architecture la souffrance et la faute, même celles qui, l’atteignant en plein cœur, l’inviteraient à se replier sur lui-même et lui donneraient l’illusion d’une rupture avec la totalité. Pense au tout, pense le tout et ton mal sera sans importance, maxime majeure de la sagesse. Si l’homme singulier était le tout, son mal deviendrait absolu et il ferait du même coup l’énigme et le scandale que nous disions. Le mal, s’appelât-il guerre, peste ou famine ne ravage jamais que la partie, il est relatif et passager et on ne peut en faire l’attribut du Tout, qui ne saurait se combattre lui-même, souffrir maladie ou manquer de quelque bien. Par la grâce du Tout, disparaissent ainsi le faux absolu du malheur et le mensonge du mystère d’iniquité.

Savoir en second lieu de la nécessité : la liaison des causes et des effets, la suite des temps, le déterminisme des situations montrent clairement combien sont inévitables et le mal et le mélange du bien et du mal et les catastrophes et la mort ; une fureur collective de crime ou de fanatisme considérée sub specie necessitatis[2] n’est pas différente d’une tempête et d’une avalanche ; le désordre ainsi est ramené à l’ordre ; un enfer qui a ses lois cesse d’être un enfer ; la raison triomphe au cœur même de la déraison ; la nécessité établit la souveraineté du réel ; les limbes d’un possible, utopique ou torturant, qui n’est pas mais aurait pu être, deviennent mythologie ; le possible, exactement, c’est l’impossible. Comprendre selon la nécessité-et de quelle autre intelligence accomplie pourrions-nous rêver ?-adhérer à la nécessité, et ainsi abolir le mal, autre maxime majeure de la sagesse. Le mal est ainsi pris dans les liens qui le rattachent à l’être et au bien. L’absolu du mal générateur d’angoisse n’est plus qu’un mirage éteint.

Savoir enfin de la beauté : les comparaisons esthétiques sont familières à la sagesse ; les ombres qui rehaussent les couleurs, la dissonance placée où il faut qui donnent du relief à l’harmonie, les Théodicées, des stoïciens à Leibniz ont multiplié cette sorte de lieux communs qui n’est pas sans signification profonde. Car la beauté, limpide à l’esprit, propriété fondamentale de l’être est la seule solution du problème du mal qui soit en même temps une absolution. Contempler la beauté qui pour sa propre gloire utilise si savamment, si innocemment  laideurs et difformité, voilà la troisième maxime de la sagesse et elle propose une rédemption intelligible du mal. Un maître de sagesse, à ce déclin de l’hellénisme qui en révèle l’essence trouvait une admirable image pour exprimer cette religion heureuse et aveugle au mal : « le mal, écrit Plotin, n’existe pas isolément…il se montre nécessairement pris dans les liens de la beauté, comme un captif couvert de chaînes d’or ; ces liens le cachent afin que sa réalité soit bien invisible des dieux, afin qu’il ne soit pas toujours devant le regard des hommes et afin que ceux-ci même lorsqu’ils  le voient, puissent grâce aux images qui le recouvrent se souvenir de la beauté et s’unir à elle (PLOTIN, 8ème traité de la 1ère Ennéade).

Ce triple savoir, totalité, nécessité, beauté, est fondamentalement un ; les trois catégories de la sagesse se supposent mutuellement et renvoient l’une à l’autre. La totalité est nécessité ; car plus profond que le déterminisme des phénomènes est le lien qui unit le tout à lui-même, l’empêche de se défaire et de se disperser, lui donne une souveraine réalité. Et la nécessité ne peut être que totale pour congédier tout soupçon de contingence et établir la cohérence universelle de l’être. Par la beauté la totalité et la nécessité passent de l’abstrait au concret, l’intelligible devient sensible ; une totalité harmonieuse par la vertu même de sa nécessité immanente, de sa finalité interne est une chose de beauté, et cette beauté est manifestation d’un sens, déroute du non-sens ; le mal chargé des chaînes d’or de la beauté est le captif qui ajoute à la gloire du triomphe[3]. Comment ne pas consentir à cette grandiose ordonnance ?

Si le mal est obstacle et objection à la réconciliation de l’homme et du monde, la sagesse est une impeccable technique d’écrasement de l’obstacle et de réfutation de l’objection. Là où le sens échappe et fuit, le recours à la totalité, à la nécessité, à la beauté le rétablit aussitôt avec une force qui s’estime indépassable. Par exemple, l’angoisse du mal, cette passion faisait de la mort un malheur absolu ; la sagesse sera plus forte que la passion en prouvant que la disparition de l’être particulier est le sacrifice raisonnable et nécessaire que consent la partie à la réalité plus divine du Tout, et que le renouvellement des individus en soulignant la permanence des grandes structures, la constance des types et lois rend plus vivante la beauté universelle, capable ainsi de se mouvoir au dedans de son immobilité.

E. BORNE. Le problème du mal (PUF, 1958)

 



[1] Athéna est la déesse de la sagesse. C’est aussi un déesse guerrière.

[2] Sub specie necessitatis : sous l’aspect de la nécessité, du point de vue de la nécessité

[3] Allusion au triomphe des généraux romains après une campagne victorieuse : ils défilaient dans Rome, derrière le butin et les captifs dont ils s’étaient emparé pendant la campagne militaire.

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