corrigé DS2 PT2

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INTRODUCTION : Poser la question de la réalité de la sagesse est indispensable.

Ou personnage d’utopie, ou figure exemplaire mais inaccessible, ou homme parmi les hommes, le sage a résolu le problème du mal et il sait qu’il l’a résolu. Se demander si le sage est possible ou impossible, idéal ou réel, c’est aborder le problème du mal par un chemin véritablement philosophique, car la philosophie est aspiration à la sagesse et la sagesse serait l’accomplissement suprême de la philosophie si la possession d’une vérité qui donnerait sens à l’existence universelle permettait soit d’éluder le mal comme une rencontre insignifiante, soit de le surmonter comme un obstacle vaincu, soit de le dissoudre comme une apparence. « Qu’en est-il de la sagesse ? », la question doit se dresser au centre de cet essai, et il nous faut nous demander si jusqu’ici nous n’avons pas obstinément retardé, à force de diversion psychologique ou de divertissement esthétique, le moment de la réflexion proprement philosophique.

 

Le sage = celui qui a résolu le pb du mal et qui le sait

Donc interroger la possibilité du sage (i. e s’il est idéal ou réel) = aborder philosophiquement le pb du mal ®philosophie = recherche de la sagesse

Donc si la sagesse existe elle serait

®      L’accomplissement de la philosophie

®      La résolution du pb du mal

o    En l’éludant (mal insignifiant)

o    En le surmontant (mal vaincu)

o    En le dissolvant (mal reconnu comme apparence)

D’où la nécessité de poser la question « Qu’en est-il de la sagesse ? »

I.                    DEFINITION DE LA SAGESSE : La sagesse, parce qu’elle vise à donner un sens à tout, est un effort pour se libérer de l’angoisse du mal

1)      Définition de la sagesse

 

La notion même de philosophie renferme l’espoir d’une victoire sur le mal comme le montre l’analyse du plus commun langage. « Prendre les choses avec philosophie », « être philosophe », ces expressions s’entendent couramment d’une dignité résignée ou d’humour résolu en face de la malchance, de la sottise ou du malheur. Mais la sagesse semble ici recouvrir une secrète défaite et il faut aller jusqu’à la source de ces reflets affaiblis d’une plus pure lumière. La sagesse dans le grand sens du mot est le contraire d’un propos de repli, symbolisé par le retour à l’étroite Ithaque après le périple des grandes aventures.[1] La sagesse coïncide avec l’ambition la plus extrême de l’homme, qui est de tout embrasser et de tout résoudre par les ressources de l’esprit, et même l’opacité en apparence irréductible du mal. L’aspiration à la sagesse, comme toute pensée, a sa source dans l’angoisse du mal, mais elle est un effort de l’esprit pour se libérer de cette passion[2] qui l’offusque et l’opprime. Délier la pensée de la passion, philosopher contre l’angoisse, tels sont les itinéraires de la sagesse.

 

La notion de philosophie comprend l’espoir d’une victoire sur le mal

®      Le langage courant le suggère qui utilise cette notion pour désigner une dignité, ou une distance face aux manifestations du mal

®      Cependant, ces expressions ne sont que le reflet affaibli de la vraie sagesse

 

La vraie sagesse n’est pas une position de repli, mais réside dans l’ambition de tout résoudre et de tout embrasser par la force seule de l’esprit, c'est-à-dire de donner un sens à tout.

®      Elle trouve sa source dans l’angoisse du mal

®      Mais elle est effort pour s’en libérer

2)      conditions de possibilité de la sagesse

a.       Faire triompher la raison

Nous savons donc d’avance à quelle condition une sagesse est possible : que l’absolu du malheur et du mal ne soit qu’une illusion de la passion, que la passion puisse être défaite et avec elle dispersées les phantasmes qu’elle engendre. Abandonner la souffrance et la faute à l’épreuve existentielle et subjective, ce serait vouer l’une et l’autre au non-sens et trahir la sagesse. (…) Le combat est de pensée ; l’angoisse devant le mal n’est pas seulement un tumulte affectif, elle est épouvante devant la déraison ; les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être ; rappelons-nous les figures majeures du mal : le malheur de l’innocent, le partage des valeurs qui condamne à un aveuglement partiel tout lucidité politique, morale et peut-être religieuse, la mort d’un esprit si incontestablement fait pour connaître l’universel et embrasser le tout, autant de défaites de la raison ; d’où, plus grave que la panique du cœur le vertige de l’esprit contre lequel la philosophie en appelle à la sagesse. La raison doit avoir raison et l’irrationnel sera convaincu d’être un irréel sans substance. Cet impératif catégorique définit une nécessaire condition de possibilité de la philosophie comme chemin et de la sagesse comme terme.

 

Donc la sagesse est possible à condition

®      De considérer que le caractère absolu du mal est une illusion de la passion

®      De pouvoir vaincre la passion et détruire les phantasmes qu’elle engendre

(i.e. de montrer que le mal n’est qu’illusion de la passion, engendré par l’angoisse)

Le combat de la sagesse est de pensée (= de raison)

®      En effet l’angoisse du mal est essentiellement épouvante devant la déraison, devant ce qui n’ semble pas avoir de sens)

o    Ex : les figures du mal : malheur de l’innocent, le partage des valeurs, mort de l’esprit (parce qu’il ne pense plus pouvoir comprendre)

 

 

L’impératif catégorique de la philosophie est donc de faire triompher la raison

b.       Libérer l’esprit des illusions de la mythologie et regarder le mal en face

Par la sagesse serait rompu le cercle vicieux de l’angoisse et du mythe. La mythologie, on l’a vu, ruse avec l’angoisse du mal, et elle ne cesse dans toutes les civilisations, de congédier la sagesse et de succomber à l’angoisse en masquant et en compensant sa défaite par les symboles glorieux de l’art. D’où l’alternative de la philosophie et de la mythologie. La quête de sagesse contredit l’abandon aux mythes à la manière dont la veille condamne et interrompt les images troubles du rêve. La sagesse sera si, une fois écartées les images fantastiques et pathétiques, l’absolu du mal ne résiste pas « à la fixité calme et profonde des yeux », au regard de l’esprit, à une vue métaphysique qui deviendrait d’elle-même une vie spirituelle. La sagesse ne se rencontre pas par hasard et selon des voies secrètes. Le voyage est de lumière. Il reste à en tenter une rapide esquisse.

 

La sagesse permettrait d’échapper à l’angoisse du mal

®      En effet à la différence de la mythologie qui conduit à succomber  à l’angoisse du mal, parce qu’elle compense par la beauté des récits qu’elle narre

®      La sagesse au contraire oblige à regarder le mal en face et réveille l’esprit, qui contemple par elle réalité du mal

II.                  LE VOYAGE DE LA SAGESSE : COMMENT LA SAGESSE GUERIT DE L’ANGOISSE DU MAL

1)      Unicité de la sagesse sous ses différentes formes

Si le propos de la sagesse est  un effort pour faire s’évanouir le néant du non-sens dans la clarté d’un sens universellement enveloppant, les sagesses sont multiples que les hommes ont cru atteindre à différents moments de l’histoire de l’esprit et elles se montrent parfois sous des formes très imprévues, mais ces espèces ne sont jamais que des variétés d’un genre immuable. La même sagesse est dans toutes les sagesses, préoccupée d’abolir les énigmes et les scandales de l’existence dans une parole intelligible, une raison réelle et vivante qui sera à la fois explication et absolution. L’être  tend à se confondre avec un discours cohérent et harmonieux. Comme réalité matérielle, la sagesse peut faire question, mais non pas comme forme, et cette forme jouit d’une constance qui va jusqu’à l’identité. Il y a une essence de la sagesse. Mais cette essence est –elle capable de passer à l’existence ? En cet énoncé faussement abstrait tient comme toute l’espérance d’une solution rationnelle du problème du mal.

 

Diversité des formes de la sagesse

Mais unicité de la sagesse il y a une essence de la sagesse

®      Effort pour faire disparaître le non-sens, et de proposer une explication de l’ensemble de l’être dans un discours cohérent et harmonieux

®      Faire passer cette essence à l’existence (rendre possible qu’on la vive)= espoir d’une solution rationnelle au problème du mal

2)      La sagesse réduit l’angoisse du mal à une ignorance. Elle fait passer de l’ignorance au savoir

Semblable à Athéna[3] sortant armée et casquée de la tête de Zeus, la sagesse atteint du premier coup à sa figure parfaite ; elle situe l’homme dans une belle totalité qui ne peut être autre qu’elle n’est et dont la connaissance a la vertu d’ôter le mal du mal, c'est-à-dire de retrancher ce qu’il paraissait avoir d’injustifiable. L’angoisse du mal n’a donc qu’une âme, vaine, d’ignorance ; elle ne sait pas le tout ; elle oppose à l’incontestable un possible imaginaire et se contraint à ne voir dans un mal qu’arbitraire et malédiction ; elle ne sait pas la beauté et son pouvoir d’apaisement ; elle s’enferme dans le faux sublime de la révolte. Le monde de l’angoisse est un monde cassé dans lequel le lien intelligible est brisé et cette diaspora de l’être impose la fausse évidence du non-sens. Il suffit donc pour entrer dans la sagesse de passer de l’ignorance au savoir.

 

En effet

la sagesse situe l’homme dans une totalité cohérente, qui lorsqu’on la connaît fait disparaître le mal, en lui ôtant ce qu’il semble avoir d’injustifiable.

Conséquence (pour le sage) : l’angoisse du mal est réduite à une ignorance

®      Ignorance de la cohérence du tout(ce qui fait qu’on voit dans le mal arbitraire et malédiction)

®      Ignorance de la beauté et se son pouvoir d’apaisement

®      Illusion de l’évidence du non-sens

Entrer dans la sagesse fait disparaître cette ignorance, en faisant passer de l’ignorance au savoir

 

a.       1er savoir : le savoir de la totalité :

Savoir d’abord de la totalité : l’axiome fondateur de la sagesse affirme l’identité du Tout et du Bien.  L’être est un, d’un seul tenant et n’ayant pas d’autre fin que lui-même, il est la valeur suprême ; c’est la même absurdité que de supposer un être en dehors de l’être ou une être meilleur que l’être puisque l’être est le tout. Cette intelligence de la totalité devient aussitôt une grâce mais rationnelle : pensant le Tout l’homme (mais non pas l’homme en tant qu’homme, l’homme en tant qu’esprit) est capable de situer à leur place dans une vraie et apaisante architecture la souffrance et la faute, même celles qui, l’atteignant en plein cœur, l’inviteraient à se replier sur lui-même et lui donneraient l’illusion d’une rupture avec la totalité. Pense au tout, pense le tout et ton mal sera sans importance, maxime majeure de la sagesse. Si l’homme singulier était le tout, son mal deviendrait absolu et il ferait du même coup l’énigme et le scandale que nous disions. Le mal, s’appelât-il guerre, peste ou famine ne ravage jamais que la partie, il est relatif et passager et on ne peut en faire l’attribut du Tout, qui ne saurait se combattre lui-même, souffrir maladie ou manquer de quelque bien. Par la grâce du Tout, disparaissent ainsi le faux absolu du malheur et le mensonge du mystère d’iniquité.

 

identité du tout et du bien

®      Unicité de l’être (tout ce qui est est réuni dans une même totalité cohérente). Pour la sagesse, il n’y a rien en dehors de ce qui est.

Þdonc ce savoir de la cohérence du tout permet de placer le mal à sa place (une place relative qui le rend passager) dans l’ensemble cohérent du tout

En effet, le tout (puisque cohérent) ne peut se combattre lui-même.

®      Cette relativisation se fonde sur la conscience que l’homme singulier n’est pas le tout, mais seulement une partie de ce tout.

ÞDisparition du caractère absolu du malheur et du scandale du mal (grâce rationnelle)

 

b.       2ème savoir : celui de la nécessité (comprendre du le tout est soumis à la nécessité, et au déterminisme)

Savoir en second lieu de la nécessité : la liaison des causes et des effets, la suite des temps, le déterminisme des situations montrent clairement combien sont inévitable et le mal et le mélange du bien et du mal et les catastrophes et la mort ; une fureur collective de crime ou de fanatisme considérée sub specie necessitatis[4] n’est pas différente d’une tempête et d’une avalanche ; le désordre ainsi est ramené à l’ordre ; un enfer qui a ses lois cesse d’être un enfer ; la raison triomphe au cœur même de la déraison ; la nécessité établit la souveraineté du réel ; les limbes d’un possible, utopique ou torturant, qui n’est pas mais aurait pu être, deviennent mythologie ; le possible, exactement, c’est l’impossible. Comprendre selon la nécessité-et de quelle autre intelligence accomplie pourrions-nous rêver ?-adhérer à la nécessité, et ainsi abolir le mal, autre maxime majeure de la sagesse. Le mas est ainsi pris dans les liens qui le rattachent à l’être et au bien. L’absolu du mal générateur d’angoisse n’est plus qu’un mirage éteint.

L’analyse des causes et des effets conduit à découvrir que la mal est inévitable (nécessaire) et qu’il débouche sur du bien

Conséquence : Cette adhésion à la nécessité abolit le mal, puisqu’il montre qu’il ne peut y avoir d’autre réalité que celle qui est (souveraineté du réel, tout autre réel possible relève de la mythologie).

Þ« L’absolu du mal devient un mirage éteint »

 

 

c.        3ème savoir : celui de la beauté

Savoir enfin de la beauté : les comparaisons esthétiques sont familières à la sagesse ; les ombres qui rehaussent les couleurs, la dissonance placée où il faut qui donnent du relief à l’harmonie, les Théodicées, des stoïciens à Leibniz ont multiplié cette sorte de lieux communs qui n’est pas sans signification profonde. Car la beauté, limpide à l’esprit, propriété fondamentale de l’être est la seule solution du problème du mal qui soit en même temps une absolution. Contempler la beauté qui pour sa propre gloire utilise si savamment, si innocemment  laideurs et difformité, voilà la troisième maxime de la sagesse et elle propose une rédemption intelligible du mal. Un maître de sagesse, à ce déclin de l’hellénisme qui en révèle l’essence trouvait une admirable image pour exprimer cette religion heureuse et aveugle au mal : « le mal, écrit Plotin, n’existe pas isolément…il se montre nécessairement pris dans les liens de la beauté, comme un captif couvert de chaînes d’or ; ces liens le cachent afin que sa réalité soit bien invisible des dieux, afin qu’il ne soit pas toujours devant le regard des hommes et afin que ceux-ci même lorsqu’ils  le voient, puissent grâce aux images qui le recouvrent se souvenir de la beauté et s’unir à elle (PLOTIN, 8ème traité de la 1ère Ennéade).

La beauté comme solution et comme absolution

®      Contempler la beauté, c’est découvrir qu’elle utilise aussi la laideur et la difformité

ÞCette contemplation permet une rédemption intelligible du mal, c'est-à-dire que le mal y trouve sa justification, sa raison d’être

 

 

 

 

 

d.       Unité de ces trois savoirs que fournit la sagesse

Ce triple savoir, totalité, nécessité, beauté, est fondamentalement un ; les trois catégories de la sagesse se supposent mutuellement et renvoient l’une à l’autre. La totalité est nécessité ; car plus profond que le déterminisme des phénomènes est le lien qui unit le tout à lui-même, l’empêche de se défaire et de se disperser, lui donne une souveraine réalité. Et la nécessité ne peut être que totale pour congédier tout soupçon de contingence et établir la cohérence universelle de l’être. Par la beauté la totalité et la nécessité passent de l’abstrait au concret, l’intelligible devient sensible ; une totalité harmonieuse par la vertu même de sa nécessité immanente, de sa finalité interne est une chose de beauté, et cette beauté est manifestation d’un sens, déroute du non-sens ; le mal chargé des chaînes d’or de la beauté est le captif qui ajoute à la gloire du triomphe[5]. Comment ne pas consentir à cette grandiose ordonnance ?

 

 

®      La totalité pour la sagesse est nécessité : le tout est nécessairement cohérent

®      La beauté est la manifestation concrète de cette totalité nécessaire. Elle représente de manière sensible l’harmonie de la totalité, harmonie qui est due à sa nécessité, et manifeste que cette totalité nécessaire est sens

Þil semble donc difficile de ne pas accepter cette vision ordonnée de l’être.

Conclusion : la sagesse comme réfutation du mal.

Si le mal est obstacle et objection à la réconciliation de l’homme et du monde, la sagesse est une impeccable technique d’écrasement de l’obstacle et de réfutation de l’objection. Là où le sens échappe et fuit, le recours à la totalité, à la nécessité, à la beauté le rétablit aussitôt avec une force qui s’estime indépassable. Par exemple, l’angoisse du mal, cette passion faisait de la mort un malheur absolu ; la sagesse sera plus forte que la passion en prouvant que la disparition de l’être particulier est le sacrifice raisonnable et nécessaire que consent la partie à la réalité plus divine du Tout, et que le renouvellement des individus en soulignant la permanence des grandes structures, la constance des types et lois rend plus vivante la beauté universelle, capable ainsi de se mouvoir au dedans de son immobilité.

 

Le mal= rend impossible la réconciliation de l’homme et du monde

Mais la sagesse= réfutation de cette objection

®      Elle rétablit le sens, donne sens au monde par le recours aux trois catégories de la totalité, de la nécessité et de la beauté

®      Exemple : l’angoisse de la mort résorbée par la découverte que la mort est le moyen de renouveler les individus sans modifier l’ordonnance  générale du tout, d’en assurer la stabilité et donc la beauté.

 

Proposition de reformulation (212 mots)

Un traitement véritablement philosophique de la question du mal impose de s’interroger sur la possibilité de la sagesse qui seule permet d’en comprendre ou d’en relativiser la réalité. Il faut cependant distinguer la volonté de résister stoïquement au mal, forme mineure de la sagesse,  de sa forme majeure : la recherche d’une compréhension totale,  et apaisante du monde ;   l’outil ne peut en être que la raison, puisqu’il s’agit d’affranchir l’esprit de la terreur que provoque l’impression de l’irrationalité scandaleuse du mal- que la beauté des récits mythologiques tente de dissimuler- en regardant le mal en face.

Etant fondamentalement volonté de démontrer la présence d’un sens dans tout, la sagesse, vécue, offrirait la possibilité de résoudre le problème du mal. En effet, parce qu’elle permet d’accéder à la compréhension de l’ensemble du monde, la sagesse, par le savoir, explique le mal : on ne le craint plus, puisqu’on le sait relatif et sans conséquence sur l’ensemble de l’être, nécessaire à sa permanence, ce que confirme la beauté, à laquelle participe toujours la laideur.

Ainsi la sagesse fait-elle accéder à une acceptation de l’ordre du monde où le mal a sa place et son rôle.

 

Dissertation : plan

1.         La pensée contre le non sens, contre la « déraison ».(IP : face au mal qui se présente comme une figure de l’irrationnel et du non- sens, la pensée rationnelle, permet de rétablir un cohérence)

a.        Le mal ou l’irruption d’un non-sens et de l’irrationnel : Le mal est irruption du non sens dans le monde et dans l’homme

  • Dans le monde : le mal vient bouleverser l’ordre naturel des choses

o    Ex : les phénomènes qui accompagnent le meurtre de Duncan dans Macbeth (chevaux qui s’entre dévorent, nuit qui est particulièrement noire et se prolonge anormalement, phénomènes météorologiques pendant la nuit du meurtre)

o    Ex : la manière dont la mort de Duncan est présentée comme l’évènement déclencheur d’une ruine totale (images des blessures béantes)

  • Dans l’homme : l’homme commet des actes qu’il ne souhaite pas (je fais le mal, je sais que c’est mal mais je le fait quand même)

o    Ex : Macbeth, bon soldat dévoué à son roi, son trouble face aux prédictions des sorcières. Son obsession du meurtre (rien n’est que de qui n’est pas…)

o    Ex : La monstruosité assumée de Lady Macbeth

b.       Le désarroi de l’homme face au mal. Face à cette irruption de l’irrationnel et du non sens l’homme semble démuni

o    Ex : le mythe de Job et le scandale du mal métaphysique

o    Ex : la folie de Macbeth : plonger dans le non-sens et répandre le chaos, au prix de sa propre vie.

o    Ex : les remords de lady Macbeth et sa conscience d’avoir perdu le sens de sa vie (suicide final) + citation )

c.        Le recours à la pensée : un ordre rétabli. Face à ce désarroi la pensée offre une solution : elle permet de rétablir une cohérence

o    Ex : Les théodicées : Leibniz (analyse du raisonnement leibnizien, qui sur le plan logique est irréfutable, et qui a l’avantage d’intégrer le mal à l’ordre du monde)

o    Ex : La justification par la providence : la vision providentielle de l’histoire chez Shakespeare

Conclusion partielle/transition : La pensée semble donc pouvoir, par l’usage de la raison, proposer un sens à ce qui a priori en semble dépourvu. Elle montre que le combat contre le mal est de pensée, et que cette dernière a la capacité de remporter ce combat,  de faire disparaître la « déraison » que signifie l’irruption du mal, et ainsi d’apaiser « l’épouvante » que cette irruption provoque. Cependant i faut se demander si cette voie de résolution du problème du mal est acceptable, et si son caractère théorique n’en limite pas l’efficacité, puisque le mal est d’abord  une donnée de l’expérience.

 

 

 

2.       Limites de la pensée rationnelle.( IP : Cependant le recours à ce que la raison raisonnante (ou raisonneuse) rencontre des obstacles majeurs.)

a.        La relativisation, la justification, voire la négation du mal.

  • Relativisation du mal : Ex : le stoïcisme, qui justifie la souffrance en la considérant comme le moyen de rendre l’homme plus fort. Cela revient à nier que le mal soit le mal et à en faire un bien.  « La Fortune nous frappe et nous déchire : souffrons. Ce n’est pas une persécution, c’est une lutte ; plus nous reviendrons à la charge, plus nous y gagnerons de vigueur. » (SENEQUE. De la providence)
  • Justification du mal : Ex : la théodicée leibnizienne (Le meilleur des mondes possibles) qui affirme la nécessité du mal et le justifie, en affirmant la perfection du monde. (cf. cours d’introduction générale sur le mal). Même analyse possible de la théodicée rousseauiste : voir  Paul Ricoeur (Le Mal, un défi à la philosophie te à la théologie : « L’échec de la théodicée (…) résulte de ce qu’un entendement fini ne pouvant accéder aux données de ce calcul grandiose, ne peut que rassembler les signes épars de l’excès des perfections par rapport aux imperfections dans la balance du bien et du mal »)

b.       Faiblesse de l’homme et difficulté de la sagesse : La force de la tentation. (dualité de l’homme)

  • Ex : le mythe adamique qui montre la  faiblesse de l’homme face à la tentation du mal
  • Ex : La tentation de Macbeth : Faiblesse de Macbeth face à la tentation que lui proposent les prédictions des sorcières. Une fois qu’il a en lui le « fantasme » du pouvoir, aucune loi humaine, ni divine ne le retient très longtemps. (Analyse par exemple de la fonction de la lettre qu’il envoie à Lady Macbeth, et su contenu de cette lettre. Cf. cours sur la tragédie du libre arbitre). L’homme est conduit par ses passions (pour Macbeth l’ambition : « L’ambition voltigeante et dépassant son propre but »(I, 7, p 90)

c.        La banalité du mal : la force du réel : force est de constater que l’existence du mal résiste à toute explication rationnelle.

  • Les explications, les justifications du mal se heurtent à la réalité de la souffrance : Voltaire. Poème sur le désastre de Lisbonne (1756) qui répond  à la théodicée Leibnizienne (cf. extrait cité dans le cours d’introduction)
  • Le mal semble omniprésent dans l’humanité : Giono. Les âmes fortes, où l’on constate l’omniprésence de la méchanceté, du mensonge, de l’égoîsme, de la violence, chez des personnages q qui sont des gens ordinaires (analyse à compléter par le cours à venir sur Giono).
  • On constate même que la raison peut être mise au service du mal : Les calculs de Firmin pour s’emparer de l’argent des Numance dans Giono. Ou la froideur de Lady Macbeth lorsqu’elle organise le meurtre de Duncan.

Conclusion partielle/transition : la pensée rationnelle rencontre donc dans l’expérience du mal la limité essentielle de son efficacité à résoudre le problème du mal. : combattre le mal par la pensée, comme le fait la sagesse antique évoquée par E. Borne ne suffit pas ni à comprendre, ni à expliquer le mal. S’il semble impossible de faire disparaître le mal de l’expérience humaine par la raison, faut-il conclure à l’impuissance de l’homme qui serait alors condamné à « l’épouvante devant la déraison », doublée du « tumulte affectif qu’évoque E. Borne ? Faut-il renoncer à penser le mal, au risque de cesser de penser tout court ? Il existe sans doute d’autres modes de pensée du mal que ceux qu’a exploité la rationalité classique. AU renoncement, il convient de préférer ces autres voies, ce qui suppose de repenser la sagesse.

3.       D’autres moyens de lutter contre le mal : la dimension éthique.(IP : le combat est bien de pensée, mais aux ressources de la raison, il faut ajouter celles du « cœur », au sens ou le vicaire savoyard emploie ce mot)

a.        Les dangers du renoncement à la pensée : à renoncer à penser le mal au nom de l’impasse de la raison, on risque de ne plus le reconnaître.

  • Cf. l’analyse qu’Hannah Arendt dans  Considération morales(1971)

« La quête de sens qui implacablement, dissout et fond à chaque fois les doctrines et les règles acceptées, peut à tout moment se retourner contre elle-même, si l’on peut dire, et produire un renversement des vieilles valeurs qui sont alors proclamées « nouvelles valeurs ». C’est ce que fit Nietzche, dans une certaine mesure, lorsqu’il renversa le platonisme, oubliant que Platon à l’envers est encore Platon, ou même Marx qui mit Hegel la tête en bas, produisant par là un système de l’histoire dans son processus. De telles conséquence sont ensuite utilisées de façon aussi irrésolue, dans une routine aussi peu réfléchie que l’étaient les vieilles valeurs, et, dès l’instant qu’elles sont appliquées au domaine des affaires humaines, c’est comme si jamais elles n’avaient traversé le processus de la pensée. Ce que nous appelons couramment nihilisme- que nous serions tentés de dater historiquement, de dénoncer politiquement et d’assigner aux penseurs qui osent de « dangereuses pensées »-est en fait un risque inhérent à l’activité de penser elle-même. Il n’est pas de pensées dangereuses, c’est la pensée qui est dangereuse, mais  le nihilisme n’en est pas le produit. Il n’est pas le revers du conventionnalisme ; son credo est de nier les soi-disant valeurs positives auxquelles il reste attaché ; Tout examen critique doit passer par une phase de négation, tout au moins hypothétique, des opinions et des « valeurs » acceptées, en cherchant leurs implications et leurs postulats tacites, et, en ce sens, le nihilisme peut-être considéré comme un danger pesant constamment sur la pensée. Mais ce danger ne provient pas de la conviction  socratique qu’une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue, mais bien au contraire du désir de trouver des résultats qui rendraient superflu un plus de pensée. Penser est indifféremment dangereux pour toutes les croyances et par soi, n’en crée aucune nouvelle.

Toutefois, la non-pensée, qui semble une attitude tellement recommandable en politique et en morale, recèle aussi quelques dangers. En prévenant de l’examen et de ses dangers, elle enseigne aux gens à s’attacher fermement à tout ce que peuvent être les règles de conduite prescrites par telle époque, dans telle société. Ce à quoi ils s’habituent est moins le contenu de règles, dont un examen serré les plongerait dans l’embarras, que la possession de règles sous lesquelles puissent être subsumés des cas particuliers. En d’autres termes ils sont habitués à ne jamais décider. Qu’apparaisse alors un individu qui pour une raison ou pour une autre, dans n’importe quel but, prétende abolir les anciennes « valeurs » ou « vertus » -cela lui sera facile s’il produit un nouveau code, il n’aura besoin alors ni de force ni de persuasion, d’aucune preuve  montrant que les nouvelles valeurs sont meilleures que les vieilles pour les imposer. » (NB : dans la dissertation, il ne faut évidemment pas citer ce texte dans son intégralité, mais en faire un résumé analytique orienté vers l’argument qu’il veut illustrer[p1] )

  • Dans Macbeth, l’acceptation du mal consiste bien en un refus de le penser. Dans la pièce, cela se manifeste par la soumission à une soit-disant « sollicitation surnaturelle » qui n’est pas jugée d’un point de vue éthique. Ce renoncement de la pensée débouche effectivement sur « l’épouvante face à la déraison » (voir la suite de la pièce et les conséquences de ce renoncement sur les deux personnages principaux)

Macbeth(…) La sollicitation surnaturelle ne peut être le mal, ni le bien. Si c’est mal

Pourquoi ne donna-t-elle gage du succès

Commençant par la vérité ? (I, 3, p.71)

b.       Penser autrement : la posture du vicaire savoyard.

Le personnage du vicaire savoyard propose une autre voie pour penser le mal : sans renoncer à la rationalité, il ne s’en contente pas. Il a  en effet constaté l’aporie de la philosophie (de la métaphysique telle qu’il l’a découverte chez les philosophes, dont la fréquentation ne fait que « multiplier ceux (les doutes) qui (le) tourmentaient, » et n’en résout aucun. Il prend donc le parti de consulter ce qu’il appelle « la lumière intérieure »(p.55) et limite sa « philosophie » à « l’amour de la vérité » (p.56) : ce qui fait son savoir, c’est précisément son absence de savoir, à la manière d’un Socrate, et cette posture initiale va lui permettre non de justifier le mal, mais d’en trouver l’origine qu’il place dans l’homme : p.76 : « Homme ne cherche pas l’auteur du mal : cet auteur, c’est toi-même ». Et c’est en faisant appel à la conscience, que la raison lui permet de découvrir (cf. cours) que le vicaire propose une solution au mal®nouvelle forme de sagesse, qui se se limite pas à un effort de la raison (de la pensée dans le sujet), mais adjoint une dimension éthique : la profession de foi débouche sur une morale à la fois individuelle et sociale (voir aussi  Le contrat social)

c.        La nécessaire vigilance de la pensée.

A cette sagesse plus raisonnable en ce sens qu’elle s’efforce de tenir compte des limites de l’entendement humain (le vicaire limite sa réflexion aux objets que ses facultés lui permettent de connaître), il faut sans doute ajouter une vigilance, à laquelle Hannah Arendt donne le nom de conscience, lorsqu’elle analyse le cas du criminel nazi Eichmann :

« La question impossible à élucider était celle-ci : l’activité de penser en elle –même, l’habitude d’examiner tout ce qui vient à se produire ou attire l’attention, sans préjuger du contenu spécifique ou des conséquences fait-elle partie des conditions qui poussent l’homme à éviter le mal et même le conditionnent négativement à son égard ? (le mot même de « con-science » semblerait l’indiquer dans le mesure où il veut dire « connaissance par et avec soi-même), type de connaissance qu’actualise tout processus de pensée). Cette hypothèse n’est-elle pas confortée par tout ce qu’on connaît sur la conscience, au fait que la « bonne conscience » n’est en général que le fait des gens vraiment mauvais, criminels et autres, tandis que seul les « bonnes gens » sont capables d’avoir « mauvaise conscience » ? » (H.ARENDT. La vie de l’esprit, 1975)

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[1] Ithaque : Île grecque dont Ulysse est le  roi. L’Odyssée d’Homère raconte les aventures d’Ulysse pendant son retour de Troie, où il a combattu aux côtés des grecs.

[2] Passion est à prendre ici au sens étymologique.

[3] Athéna est la déesse de la sagesse. C’est aussi un déesse guerrière .

[4] Sub specie necessitatis : sous l’aspect de la nécessité, du point de vue de la nécessité

[5] Allusion au triomphe des généraux romains après une campagne victorieuse : ils défilaient dans Rome, derrière le butin et les captifs dont ils s’étaient emparé pendant la campagne militaire.


 [p1]Exo sup rédaction en postpréparation)

Publié dans DS PT* Baggio

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