corrigé DS sup (PTSI/PCSI Baggio et Gambetta)

Publié le par prepamal2010.over-blog.com

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Notes analytiques

1.       Définition du pervers par rapport au méchant : le pervers comme homme du pire

L’invention du mal

La méchanceté est toujours liée à des actes déterminés (contre la loi, le bien, le juste, l’honnête), alors que la perversité est un état, une disposition que l’on peut qualifier d’indéterminée ou qui nous apparaît comme déterminée à n’importe quoi, c’est-à-dire prête à tout.

Les actes du méchant, qui veut intentionnellement tel ou tel mal à autrui, sont déterminés par rapport à des interdictions ou des prescriptions particulières : le vol par rapport à la propriété, le meurtre par rapport au « Tu ne tueras point ! ». La perversité est au contraire la détermination à un mal indéterminé.

 

 

Si elle révèle l’étendue et la prolixité des formes du mal- le mal est « légion»-, c’est parce qu’elle est une disposition à tout le mal possible. Le pervers (…) cherche même quel mal il pourrait bien inventer et c’est pourquoi il invente le mal au-delà des espèces déjà inventoriées du mal. Est ou n’est que méchant l’homme qui a trouvé le mal à faire, et qui l’a trouvé sans difficulté puisque la loi le lui « propose » en le lui interdisant. Est pervers l’être qui cherche le mal qu’il pourrait bien faire. L’enfant est pervers quand il « ne sait plus quelles bêtises inventer ».

 

 

Différences entre la méchanceté et la perversité

®      La méchanceté est définie par rapport à des actes déterminés

®      La perversité est un état, une disposition indéterminée

+

®      Les actes du méchant sont déterminés par rapport à une norme particulière et précise juridique ou morale

®      La perversité  n’est pas déterminée par rapport à un mal déterminé, précis

 

 

 

Donc la perversité révèle la capacité du mal à prendre mille formes, parce qu’elle est une disposition à tout le mal possible

®      Le pervers invente du mal, des nouvelles espèces de mal, vs le méchant qui ne commet que le mal connu

o    Ex : l’enfant qui « ne sait plus quelles bêtises inventer »

En d’autres termes, on peut s’attendre à tout de la part du pervers, donc au pire. Car il est l’homme de tout le mal possible, du mal en tant que possible imprévisible plutôt que l’homme du mal en tant que fait ou cas prévu par la loi. Le jugement de méchanceté est d’ailleurs rétrospectif ; il vient qualifier l’être humain à partir du mal effectivement commis. L’attribution de méchanceté est une imputation ou une accusation qui a son origine réelle dans l’acte effectivement accompli (une « agression caractérisée » par exemple, ou un « vol qualifié »), alors que le jugement de perversité est une supputation et une suspicion portant sur des actes futurs ou des forfaits à venir. C’est pourquoi l’on devinera la perversité d’un être à des comportements qui ne présentent pas, au regard de l’ordre des familles et de la société, une gravité particulière.

Donc pervers = homme du pire = homme de tout le mal possible imprévisible vs homme du mal prévu par la loi ou la morale. (reprise de l’idée de la 1ère partie)

 

®      D’ailleurs, le jugement  de la perversité= supputation, suspicion portant sur des actes futurs

Vs

 jugement de la méchanceté qui porte sur des actes commis.

 

Conséquence : on devine sa perversité à des comportements qui ne sont pas en général considérés comme graves (idée de la 2ème partie)

 

 

2. Les comportements du pervers : des comportement qui ne sont pas considérés comme graves, mais qui révèlent un fascination pour le mal

La perversité se signale à travers des « peccadilles » d’enfant qui, sur l’échelle du mal, sont minimes, par exemple un petit mensonge, tel celui de Rousseau adolescent, qui, ayant volé un ruban au cours d’un déménagement, fait accuser injustement la servante. La bêtise de Jean-Jacques est méchante, son mensonge est pervers. Déjà pervers aussi, le fait qu’il dérobe un  objet sans valeur alors qu’il pouvait prendre facilement «beaucoup d’autres meilleures choses », autrement dit qu’il vole pour voler: « Ce ruban seul me tenta, je le volai, et, comme je ne le cachais guère, on me le trouva bientôt. On voulut savoir où je l’avais pris. Je me trouble, je balbutie, et enfin je dis, en rougissant, que c’est Marion qui me l’a donné… C’est ce qui surprit quand je la nommai. L’on n’avait guère moins de confiance en moi qu’en elle, et l’on jugea qu’il importait de vérifier lequel était le fripon des deux. On la fit venir… Elle arrive, on lui montre le ruban, je la charge effrontément ; elle reste interdite, se tait, me jette un regard qui aurait désarmé les démons, et auquel mon barbare cœur résiste. Elle nie enfin avec assurance, mais sans emportement, m’apostrophe, m’exhorte à rentrer en moi-même, à ne pas déshonorer une fille innocente qui ne m’a jamais fait de mal ; et moi, avec une impudence infernale, je confirme ma déclaration, et lui soutiens en face qu’elle m’a donné ce ruban. »

Augustin qui relate dans les Confessions un épisode semblable de sa propre adolescence et qui voit un abîme de perversité dans un petit larcin « de rien du tout ».

o    Exemple : Les peccadilles d’enfants

§  Ex : vol du ruban dans les Confessions de Rousseau : perversité y tient au choix de voler un objet sans valeur, et au mensonge ( le vol lui-même relevant de la simple méchanceté).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

§  Ex le vol des poires dans les Confessions de St Augustin

Le pire n’est pas le délit, qui est mineur, ni même la culpabilité de fait, mais la dissimulation du mal ; c’est la feinte innocente et la volonté de salir l’innocence qui révèlent l’étendue du mal à venir ou la gravité des fautes qui se trouvent en puissance dans ce « péché originel » de Jean-Jacques Rousseau. En lui-même le péché originel est une peccadille (goûter de beaux  fruits). Mais le récit de la Chute veut précisément dire que c’est par une faute vénielle que la mort est entrée dans le monde.

Pourquoi ? Parce que la première transgression annonce toutes les autres, rend possibles, donc réalisables par l’homme, toutes les horreurs de l’histoire.

Dans ces deux exemples, le pire est la dissimulation du mal

®      La dissimulation du mal en effet révèle l’étendue du mal à venir ou des fautes graves à venir. (= péché originel= transgression initiale qui annonce toutes les autres)

 

Le bien n’est jamais assez de bien ; le mal est toujours trop de mal. « Qui vole un œuf vole un bœuf ! » Mais, surtout, un rien suffit à distraire l’être humain de ses devoirs les plus sacrés. « Fascinatio nugacitatis » (« Enchantement pour la frivolité »), dit un verset de la Bible (Sagesse, 4,12) cité par Pascal dans ses Pensées : l’âme humaine se laisse ensorceler par la niaiserie. Les traducteurs de la Bible de Jérusalemdisent justement «fascination du mal », celle-ci définissant ce qui, dans le même contexte, est appelé « milieu de la perversité».

Ce péché véniel révèle

®      L’excès toujours du mal

®      La faiblesse humaine, la fascination du mal

 

 

3.La perversité révèle la possibilité d’un mal sans limite

Le mal à l’état de fantasme

Le pervers - et c’est pourquoi il est à craindre - est jugé tel, certes sur la base d’actes déjà commis ou de comportements esquissés qui révèlent une tendance ou une disposition, mais surtout en fonction des actes qu’il n’a pas encore commis, que l’on redoute qu’il accomplisse parce que ses ébauches de mauvaise conduite sont déjà des débauches et que ses débauches ne sont, hélas, que des ébauches. La faiblesse devant la tentation est la volonté de puissance du mal.

 

 

Le pervers est jugé en fonction des actes qu’il a commis mais surtout en fonction  de ceux qu’il n’a pas encore commis, qu’on craint qu’il accomplisse 

®      Ses actes sont des ébauches de mal possible

Il représente, parce qu’il est faible devant la tentation, la volonté de puissance du mal

 

S’il y a, par exemple, une perversité du nazisme, c’est au sens où les atrocités qu’il a commises excèdent déjà le répertoire de la méchanceté dans l’histoire et manifestent en l’homme des possibilités proprement inconcevables d’invention, de conception et de réalisation du mal.

Dans Shoah de Claude Lanzmann, un historien de l’Holocauste insiste sur la nouveauté radicale du nazisme en matière de mal. Le nazisme n’aurait pas été l’abomination qu’il fut s’il n’avait pas été plus abominable que tout le passé, déjà abominable, de l’antisémitisme : la « Solution finale » est une invention, « car, dès les premiers temps, dès le IVe, le Ve et le VIe siècles, les missionnaires chrétiens avaient dit aux Juifs : « Vous ne pouvez pas vivre parmi nous comme Juifs. » Les chefs séculiers qui les suivirent dès le haut Moyen Age décidèrent alors : « Vous ne pouvez plus vivre parmi nous. » Enfin les nazis décrétèrent : « Vous ne pouvez plus vivre. » Le nouveau, le « neuf », n’est pas de tuer les Juifs ; le nouveau, dit le texte, est que le principe de la Solution finale rend possibles tous les moyens d’extermination : à charge pour les subordonnés des camps de la mort d’« inférer », ainsi que le stipulaient les chefs nazis, à partir de « formulations générales ». « C’était une autorisation d’inventer, de commencer quelque chose qui ne pouvait pas jusqu’ici être mis en mots… Tout était neuf. »

 

®      Exemple : la perversité du nazisme tient à ce que les actes commis par les nazis révèlent des possibilités inconcevables

o    Dans l’invention du mal

o    Dans sa conception

o    Dans sa réalisation

®      Exemple : la solution finale, comme aboutissement ultime de l’antisémitisme, mais surtout comme invention de la possibilité d’inventer tous les moyens d’extermination

En d’autres termes, le nazisme, qui est déjà le pire, ça aurait pu être encore pire : il est allé tellement loin dans l’invention des formes du mal qu’il pouvait encore aller plus loin et qu’il serait allé plus loin s’il avait duré plus longtemps. Au delà de la loi, qui est limite, il n’y a effectivement plus de bornes. C’est le principe de l’escalade : la logique du mal est d’aller de mal en pis.

 

Donc nazisme pose la possibilité d’un mal sans limite, sans loi (principe de l’escalade)

 

 

 

Proposition de reformulation :

La définition de la méchanceté est fondée sur des actes immoraux ou illégaux précis et connus ; au contraire, la perversité est considérée comme un penchant non actualisé au mal, à n’importe quel mal, y compris celui qui n’existe pas encore et que le pervers peut inventer sans limite. Aussi juge-t-on le méchant sur ses actes ; le pervers au contraire est jugé tel en fonction de ce qu’il pourrait faire.

C’est pourquoi les révélateurs de la perversité sont toujours des crimes sans gravité. Rousseau, quand il vole un ruban est pervers parce qu’il ne vole qu’un ruban, et surtout qu’il nie l’avoir volé. Comme dans le vol des poires chez Saint Augustin, ou dans le péché originel, ce qui se révèle, c’est la possibilité du mal, sans limite aucune, l’irrésistible tentation qu’il est pour l’homme.

Le pervers est donc dangereux, parce qu’incapable de ne pas faire le mal, il semble par là même en annoncer le développement, le renouvellement et le pouvoir infini : Avec « la solution finale », Le nazisme crée  la possibilité d’un génocide complet, mais aussi celle d’une invention perpétuelle des moyens de l’accomplir : le mal y devient sans limites. 203 mots

 

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